A voix haute

Ce que je pense et à voix haute !

rainbow

Frankenstein JR

Il n’y a pas genre plus casse-gueule que la parodie, surtout la parodie de film fantastique. Il n’y a, dans un véritable raz-de-marée de films de ce style, que trois vraies réussites : «Dr Jerry et Mr Love» de Jerry Lewis, «Le bal des vampires» de Roman Polanski et… «Frankenstein Jr».Frankenstein JR Si on connaît les classiques de l’âge d’or Universal («Frankenstein» de James Whale. «La fiancée de Frankenstein», «Le fils de Frankenstein», «Le fantôme de Frankenstein», «La maison de Frankenstein», «Frankenstein contre le loup garou», etc.), on se sent génialement cinéphile ! On repère les références-hommages et on admire la précision de la reconstitution. Mais, si on ne connaît ces régals de cinémathèques que par ouï-dire, le plaisir est toujours aussi grand. Car la force de Mel Brooks est que son comique se suffit à lui-même. Il aime gambader dans les plates-bandes des autres. Il aime piétiner et bousculer… mais avec tendresse. Il s’est offert le cinéma muet et le western, Hitchcock et «Les dix commandements», Esther Williams et «To be or not to be». Mais «Frankenstein Jr» restera son plus superbe jeu de références (la scène de l’aveugle)… et de retrouvailles originales (les chevaux qui hennissent quand on prononce le nom de Frau Bluscher !). Il faut dire que Brooks est servi par une poignée d’acteurs étonnants et même inhabituels. Bien sûr, Marty Feldman et son incroyable regard ou Gene Wilder qui compose ici un docteur Frankenstein tout en subtilité (à l’opposé de ses hystéries des «Producteurs»)… mais aussi des comédiens qu’on croyait sérieux (ou incolores) comme Peter Boyle qui campe un incroyable monstre ou Terry Garr qui assume avec une réjouissante santé son rôle d’assistante du docteur Frankenstein. Un petit chef-d’œuvre !

Une fille pour Gregory

Une fille pour GregoryLycéen dans une petite localité écossaise, Grégory est un adolescent comme les autres. Il n’est pas obsédé par le travail et mène une vie paisible entre le lycée et la maison, se traînant avec nonchalance. Ses seuls centres d’intérêt sont les filles et le football. Surtout les filles, parce que le football ne lui réussit pas : joueur exécrable, il fait perdre match sur match à son équipe. Trop timide, par ailleurs, pour aborder les lycéennes, il se contente d’en rêver et d’en plaisanter avec les copains. L’arrivée de Dorothy, une belle plante de seize ans, provoque chez lui le même effet que la petite strip-teaseuse chez le grand loup libidineux de Tex Avery : les yeux qui jaillissent comme propulsés par des ressorts, une langue qui se déroule jusqu’à terre, etc. Malgré les réticences de l’entraîneur, la belle s’inscrit dans l’équipe de foot. Grâce à elle, pour la première fois, celle-ci remporte une victoire. Complètement séduit par le charme sexy de cette coéquipière, Grégory s’enhardit et lui demande maladroitement un rendez-vous. Plus étonnant encore : elle accepte ! C’est le début d’une mémorable soirée où le jeune garçon ira de surprise en surprise… Sans aucune prétention, le film de Bill Forsyth (qui ressemble à ceux de Pascal Thomas) décrit avec humour les premiers émois, et le charme plaisant d’une certaine douceur provinciale…

Tranches de vie

Tranches de vieComme son titre l’indique, «Tranches de vie» découpe la vie en tranches, en tranches de rire avec les tronches adéquates : la troupe au complet des Jugnot, Clavier, Anémone, Luis Rego et les autres… Avec eux, une série de sketches plus ou moins inégaux sur la vie en rose, la vie d’artiste, la vie politique, la vie de chien, la vie amoureuse, bref tous les aspects de la vie. Basé sur les féroces bandes dessinées de Gérard Lauzier, «Tranches de vie» tente de rassembler, dans un énorme éclat de rire les plus grands acteurs comiques français actuels. C’est léger quelquefois, mais le temps passé à se remettre de certains gags ou bons mots suffit à faire oublier les autres gags parfois lourdauds; parfois d’une étonnante stupidité.

Les nuits de la pleine lune

Les nuits de la pleine luneLa disparition de Pascale Ogier, le 24 octobre 1984, donne un prix nouveau à ce film d’Eric Rohmer, qui fut son avant-dernier puisqu’il précéda I’«Ave Maria» de Jacques Richard. Le rôle de Louise avait valu à la jeune comédienne le prix de la meilleure actrice au Festival de Venise 1984, et cette consécration aurait dû donner le départ d’une passionnante carrière… L’héroïne de Rohmer est une jeune fille des années 80. Si elle aime Rémy (Tcheky Karyo), elle aime aussi sortir le soir, se coucher tard, ce qui pose des problèmes de couple car cet architecte débutant habite à Marne-la-Vallée… Louise se décide finalement à aménager un studio qu’elle possède à Paris, afin de préserver son indépendance. Rémy le prend plutôt mal. Octave, vieil ami de Louise et infatigable bavard, l’encourage au contraire à vivre sa vie, espérant secrètement qu’elle rompra avec Rémy. Comment affirmer sa personnalité et conquérir sa liberté en préservant ses sentiments ? Telle est la quadrature du cercle rohmérien en cette carte du tendre 1984. Le cinéaste l’expose avec simplicité, des dialogues qui sonnent juste et actuel, et la fraîcheur intacte de ses interprètes.

L'homme à la BuickL’homme à la Buick

M. Favrot vient d’acheter à Honfleur une coquette villa où il compte prendre une retraite bien méritée. La bonne société de l’endroit accueille sans rechigner cet aimable bourgeois, vite réputé pour son exquise courtoisie. Une jolie veuve, Madame de Layrac, le prend même sous sa protection. Tous ces gens ignorent bien entendu que sous l’identité de M. Favrot se dissimule le fameux contrebandier Monsieur Jo, qui passe son temps à emmener des enfants en vacances en Suisse dans sa somptueuse Buick – en profitant pour passer à la douane des cargaisons moins recommandables… Quant à Jo lui-même, il est encore plus loin de se douter que Madame de Layrac n’est autre que Michèle Monnetier, elle aussi recherchée par la police… Une comédie policière parfaitement anodine, avec des dialogues d’Henri Jeanson, le tout taillé sur mesure pour Fernandel (Jo/Favrot) et Danielle Darrieux. A réserver donc aux inconditionnels de ces deux acteurs qui firent les beaux jours d’un certain cinéma français, lequel a pris aujourd’hui un cachet quelque peu rétro.

La fille en rouge

La fille en rougeRemake d’«Un éléphant, ça trompe énormément». Le sujet, vous le connaissez la vie de quatre copains inséparables, leurs aventures sentimentalo-burlesques et surtout le quiproquo dont est victime l’un d’entre eux avec… la fille en rouge alias Charlotte. Teddy — irrésistible Gene Wilder—mène une vie tranquille avec sa femme et ses enfants. Jusqu’au jour où dans un parking, il croise une créature de rêve qui révolutionne sa vie. Du vaudeville bien français qui marchait très fort avec les joyeux compères Rochefort, Brasseur, Lanoux, Marchand et qui fonctionne aussi bien avec Wilder, Grodin, Bologna et Huddleston. Une bonne interprétation et un bon ressort comique. Quatre nigauds rigolos qu’ils soient français ou américains restent quatre nigauds. A quand «Un éléphant ça trompe la fille en rouge» où l’on verrait les huit compères réunis ?

Le jumeau

Au départ, il y a un roman de la fameuse Série Noire, assez cruel et sanglant, signé Donald Westlake… A l’arrivée il y a une comédie dans la grande tradition d’Yves Robert («Le grand blond avec une chaussure noire» ou «Un éléphant, ça trompe énormément»). Pierre Richard retrouve une nouvelle fois son compère-réalisateur, après «Alexandre le bienheureux», «Le grand blond…» et «Le retour du grand blond». Dans les deux «grand blond», Robert et Richard ont créé un personnage de doux rêveur maladroit entraîné dans des situations qui le dépassent, mais dont il se sort vainqueur. Dans les deux films, l’enchaînement rythmé des situations se renouvelait sans cesse, parce que l’intrigue était basée sur le rebondissement ! Mais, ici, Yves Robert semble victime de son histoire trop bien structurée, avec début, milieu et fin ! Et le style Robert/Richard qui n’a pas changé (pourquoi l’aurait-il, compte tenu du fabuleux succès des précédents ?) s’essouffle un peu.Le jumeau Pierre Richard tombe amoureux de jumelles et, pour faire le poids, se crée un jumeau. Jouant à lui tout seuls les deux rôles, il lui faut assumer deux vies. Disparaître sans éveiller les soupçons lorsque son jumeau est demandé… et réapparaître vite fait dans le costume de l’autre !). Une des scènes les plus caractéristiques du film est celle des deux appartements parallèles, chacun occupé par une jumelle entre lesquels Pierre Richard est obligé de courir. Il entre dans une salle de bains avec une serviette rose (couleur du premier couple-jumeau) fait semblant d’aller prendre un bain avant de se précipiter, avec une serviette bleue (couleur du second couple-jumeau) vers sa deuxième dulcinée encore endormie. «Le jumeau» c’est évident, est une mécanique comique parfaitement huilée permettant d’imaginer toutes les situations impossibles où peut se fourrer un maladroit lâche. Mais c’est aussi un fabuleux numéro offert au seul comédien français qui se sert vraiment de ses mouvements et de son corps pour créer un comique physique. Pierre Richard est égal à lui-même, parfait d’efficacité… même si ses va-et-vient d’un personnage à l’autre nous «paument» parfois en route et si la répétition des situations finit par lasser.

L’invasion des piranhas

L'invasion des piranhasLes piranhas, c’est comme les requins. Avec le succès, ils se multiplient. Il y a eu «Piranhas» réalisé par Joe («Gremlins») Dante, puis «Piranha II, les tueurs volants» de James («Terminator») Cameron et voici une production franco-brésilienne réalisée par un autre maître du cinéma fantastique, l’Italien Anthony M. Dawson, plus connu sous le nom d’Antonio Margheriti… qui réalisa, dans les années 60, quelques jolis films d’épouvante comme «La danse macabre» avec Barbara Steele, quelques péplums et parodies de James Bond. Margheriti semble avoir aujourd’hui perdu ce petit brin d’originalité qui faisait le charme de ses anciens films. Son «Invasion des piranhas» n’a plus cette petite étincelle qui transformait les séries B ringardes en petits joyaux délirants et incongrus. Côté réalisation et scènes-choc, le film tient ses promesses et les piranhas bouffent la chair humaine d’une manière peu ragoûtante. Mais l’intrigue reste d’une désarmante simplicité, avec des bons plus «roses» que nature et des méchants plus «noirs» qu’on n’oserait l’imaginer. Des truands attaquent une mine d’émeraudes et cachent le butin dans un lac qu’ils ignorent rempli de ces charmantes petites créatures carnassières. Les plus pressés, qui récupéreraient bien le magot en cachette des autres, vont y laisser la peau et… la viande ! Les autres, avertis du danger, vont mettre au point un ingénieux stratagème pour repêcher leurs pierres précieuses. Au générique du film, outre Majors, Black et Hemingway… il y a aussi Marisa Berenson et James Franciscus. Une belle brochette de comédiens qui mettent un peu d’épice sur ce fade steak tartare d’épouvante.

Autoroute pour la mort

Ceci est un téléfilm américain. Mais ce n’est pas grave, parce que I’«Autoroute pour la mort» d’Hal Needham, tourné en 35 mm avec les moyens habituels du cinéma, ne se refuse rien : plans d’hélicoptère, courses-poursuites sur autoroute, carambolages, cascades, etc. C’est seulement cadré un peu plus serré et plus allusif sur la violence et l’horreur (contrairement à ce que laisse entendre le titre français… Le titre original est «Deathcar on the freeway» (voiture de mort sur l’autoroute). Un maniaque s’amuse a empêcher les dames seules au volant de sortir de l’autoroute et les pousse, avec son van amélioré d’un moteur turbo, jusqu’à ce qu’elles se tuent… L’acte de tuer est volontaire. Mais le film sait vous donner le frisson en montrant qu’on est chacun à la merci d’un dingue qui ignore qu’il a entre les mains un instrument de mort et qui, pris d’un soudain coup de sang parce que vous n’avez pas dégagé assez vite, est prêt à vous envoyer dans le décor en jouant les redresseurs de torts. Beaucoup d’entre nous ont déjà subi cette sorte d’agression. Et, si on y répond, c’est l’escalade de la violence… Comme tout téléfilm, «Autoroute pour la mort» moralise sec. L’héroïne du film, une reporter qui a décidé de traquer et de découvrir l’identité de ce «Mad Max des autoroutes», vous regarde droit dans les yeux lors de son show télévisé, et vous explique qu’on est tous des tueurs en puissance. Le film est réalisé par un ancien cascadeur passé à la réalisation dans des films d’action Hal Needham. Il a son équipe de cascadeurs-autos et il s’offre quelques scènes de carrosseries froissées, de dérapages (contrôlés ou non) et d’accidents superbes à voir et qu’on se prend (puisqu’on se sent proche des victimes) en plein dans le pare-brise !

L’étoile du sud

On est loin du roman fantastique de Jules Verne que le film de Sidney Hayers est sensé mettre en images.L'étoile du sud Du roman, il ne reste que l’intrigue de base le vol du diamant. Là dessus se branche une course-poursuite à travers les paysages africains. Une sculpturale jeune femme (c’est Ursule), fille d’un riche major amateur de diamants (c’est Orson), est courtisée par un odieux capitaine mais lui préfère un sémillant aventurier (c’est George, eh oui). Un fabuleux diamant, l’Étoile du Sud, est volé lors d’une réception chez le major. L’acolyte noir du sémillant aventurier prend la fuite. Et l’aventurier devient nettement moins sémillant quand on le jette en prison pour complicité ! Mais l’amour a des raisons… La sculpturale Ursula le délivre et part avec lui à travers la savane, à la recherche du diamant. «Si tu ne ramènes pas le diamant, papa ne t’accordera pas ma main, na !» D’ailleurs papa et l’odieux capitaine sont déjà sur leurs traces… A partir de ce moment précis de la palpitante intrigue, on sort ses cartes postales. Tout les animaux de la réserve y passent. Les éléphants chargent. On met le feu à la brousse. Les trains déraillent et Ursula se baigne nue (ou presque) dans les points d’eau. Tout cela va vite. Les scènes se suivent et se tournent comme les pages d’un exotique et divertissant livre d’images. Idéal pour les jours de grande fatigue ou pour faire tenir tranquille (intelligemment) les enfants… Pour ceux qui craqueraient avant la fin, le coupable, c’est l’autruche !

Les évadés du triangle d’or

Les évadés du triangle d_orAu printemps 1978, une spectaculaire évasion fait la une des journaux occidentaux : un photographe australien et sa fiancée réussissent à fuir le Laos communiste en traversant à la nage le Mékong, fleuve-frontière. Frappé par cette aventure, le cinéaste Hall Bartlett a voulu en savoir davantage pour la porter au cinéma. C’est donc l’histoire vraie de John Everingham que nous conte son film (titre original : «Comeback»). Vivant au Laos dans un pays qu’il considère comme le sien, John assiste à la prise du pouvoir par le Pathet Lao et aux atrocités qui s’ensuivent. Un régime totalitaire s’installe au Laos avec une police politique que commande un certain général Kapler, Allemand de l’Est. Pour avoir transmis des informations en Occident, John est arrêté malmené, expulsé. Sa fiancée Kao reste au Laos, poursuivie par les assiduités de Kapler, qui lui propose de l’épouser. Pendant qu’elle tente de gagner du temps, John prépare minutieusement son évasion, une entreprise périlleuse entre toutes. Ne révélons pas les rebondissements d’un suspense qui nous tient en haleine jusqu’au bout du film… Signalons seulement la présence de la légendaire Priscilla Presley, dans un rôle secondaire de ce film d’aventures policières présenté à Cognac en 1984.

Les requins

Les requinsL’aventure au fond des mers. Trois amis bien balancés partent à la recherche d’un trésor dans le Golfe du Mexique. Jim, Ben et Ron, nos trois héros amphibies aux noms de ricochets, découvrent le butin. Mais celui-ci est gardé par un bataillon de requins gardiens et mangeurs d’hommes surtout quand ils ressemblent à des grenouilles. Jim-Ben-Ron élimineront les requins un à un, ce qui donne lieu à de multiples scènes de bagarres sous-marines à couper le souffle surtout quand on n’a pas de bouteille, à se noyer dans le détail surtout lorsque l’on n’a pas de bouée ! Après les requins viendront d’autres requins, moins amphibies ceux-là qui tenteront à leur tour d’éliminer Jon-Ben-Rim… Des requins d’un bien autre genre : cinq affreux bagnards en rupture de ban et qui ne manquent pas d’air. Film d’aventures aquatiques, filmé principalement, on l’aurait deviné, sous l’eau ! Un bon divertissement à dominante bleu des mers du Sud.

Sauvage et beau

Il y avait, jadis, la malédiction des pharaons… il y aujourd’hui, la bénédiction des «Outsiders». Tous les jeunes mecs que Coppola découvrit dans son film ont fait un joli brin de carrière et continuent à s’imposer superbement dans le créneau «graine de star et nouveau macho». Coppola a fait de Matt Dillon la vedette de «Outsiders» et de «Rusty James»… Mais il a pris letrain en marche ! Bien avant la sortie américaine, pendant l’été 82, Matt Dillon était déjà le «darling des teen magazines». Coppola, en lui offrant le personnage de Dallas dans «Outsiders», le consacra comme graine de star à part entière. Mais Matt Dillon existait avant ! Qui a assisté à une séance publique américaine de «Outsiders» n’a pas oublié les sifflets et les cris d’hystérie qui fusaient de la salle lorsque le beau Matt venait rouler des mécaniques et des zygomatiques en gros plan. C’est vrai que ce jeune loup de 18 ans avait déjà un sacré charisme et séduisait tout en gardant un certain mystère. Plein de santé, cheveux bruns mi-longs, visage anguleux, sourire généreux avec une dent légèrementcassée, regard noir de séducteur romantique, oreilles élancées vers l’arrière, allure altière et svelte, carrure d’épaulesdéveloppée juste ce qu’il faut… Matt Dillon est le type même du beau gosse. Et c’est une des raisons, avec sa jeunesse, de son succèsimmédiat. Dillon – dixit de sérieux magazines américains – plait à tous les publics : les gays et les dames ménopauséesamateurs de gigolos bien sur… mais aussi les parents, pour qui ilreprésente un modèle de gendre convenable, sémillant et sympathique, et le public d’adolescents pour qui il est le copain – ou le boy friend – qu’on aimerait avoir. En 1978, «Houligans» («Over the edge»), son premier film qu’il tourna à 14 ans, traitait de la violence et de la révolte des adolescents dans une grande cité. A la fois thriller et document sociologique, le film de Jonathan Kaplan imposa le côté mauvais garçon de Matt Dillon. Mais son second film, «Les petites chéries» («Littledarlings») de Robert F. Maxwell, avec un rôle de jeune macho que Kristie McNichols drague et dont elle tombe amoureuse, impose, dès l’annéesuivante, l’autre aspect de son personnage : le jeune séducteur sexy. La route Dillon est donc tout tracée, en deux films seulement : loubard de charme et jeune coq sans complexe. Matt Dillon incarne un nouveau style de garçon dans le vent – dixit les magazines pour adolescents. Mais ils passent leur temps à qualifier leur gamin-objet de nouveau Brando, nouveau James Dean et mêmenouveau Paul Newman ! Et Dillon n’aime pas ces parrainages:«Marlon Brando ? Quand je tournais «Houligans», quelqu’un m’a dit que je ressemblais à Brando. Je n’ai pas pris ça pour un compliment. Pour moi, ce n’était que le vieil homme gros que j’avais vu dans «Le parrain». Après, je suis allé voir «Un tramway nommédésir» et j’ai trouve ça pas mal». Le Matt Dillon de 18 ans est pain béni pour toute une presse qui le fait mousser comme une Chantilly et le sacre «le meilleur copain de millions de jeunes Américains», lui faisant tenir des propos du genre : «Moi sexy ? Je ressemble à tous les garçons de mon âge. Je suis bien dans ma peau, c’est tout. Et Ia seule différence que je remarque avec le passé, c’est que je ne fais plus de complexes pour les bêtises. A 15 ans, il m’est arrivé de m’enfermer plusieurs jours pour une poussée d’acné… On dit que je suis un bourreau des cœurs. Toute cetteréputation me fait peur. C’est vrai que je suis «prolifique» en amour et que je rencontre souvent des jolies femmes. Mais je ne suis pas macho. Je ne joue pas avec les sentiments de mes partenaires !» Entre magazines et posters, Matt Dillon est devenu, aux mains de «merchandisers», un nouveau…miroir àfantasmes ! Et, dans cette périodepré-Coppola, le cinéma n’a qu’une importance relative… Tout a commencé par hasard. Le jeune Matt Dillon (c’est son vrai nom, même s’il le partage avec un célèbre cow-boy de série TV américaine) vivait aWestchester, dans l’Etat de New York, avec ses parents, ses cinq frères et sa sœur, un couple de ratons laveurs, six chats et un berger allemand nommé Hitler. Matt est plutôt du genre cancre sympa. «J’étais en train de sécher un cours et de me faufiler dans le couloir, quand un type m’a arrêté pour me demander si je voulais faire du cinéma. J’ai d’abord pensé qu’il se foutait de moi. J’allais me tirer, mais il m’a expliqué qu’il s’appelait Victor Ramos, qu’il étaitdécouvreur de talents et qu’il cherchait des «sales gosses» pour un film de Jonathan Kaplan intitule «Houligans». Un vrai conte de fées à la «A star isborn» ! Matt Dillon enchaine film sur film.«Les petites chéries» en 1979. «Veux-tu être mon garde du corps ?» de Tony Bill en 1980 (titre original «My body gard», film sorti en France uniquement et discrètement en province) où il est encore une petite frappe. «Le challenger» de David Fisher en 1981 («Liar’smoon») qui est une sorte de melo où Matt Dillon a un rôle àla James Dean, de jeune prolo s’enfuyant avec celle qu’il aime, contre la volonté de leurs parents. Et enfin «Tex» de Tim Hunter en 1982, une production Disney que nous n’avons jamais vue en France ! ««Tex» est tout sauf un film dans la tradition Disney, avoue Malt Dillon. Le film raconte les problèmes d’un garçon de 14 ans en Oklahoma. J’en avais 18, mais je me sentais à l’aise pour jouer le rôle d’un adolescent de 14 ans. En apparence, Tex est calme et doux, mais il a des problèmes, comme beaucoup d’adolescents d’aujourd’hui. Il parle à son cheval. Mais il y a un meurtre, une bagarre violente à cause de la drogue et un acte sexuel évident… » On comprend mieux pourquoi, ce film, qui a imposé définitivement Matt Dillon comme nouvelle star de cinéma, est resté dans les ;tiroirs Disney alors que tous les autres films de Matt Dillon sont distribués et même redistribués sous des titres totalement différents («Over the edge», d’abord «Violence sur la ville» puis «Houligans»… ou encore «Liar’smoon» sorti d’abord en cassette sous le titre «Il y a toujours de l’espoir pour ceux qui s’aiment» chez Jacques Leitienne/Carrère, puis sorti en salles, après le succès d’«Outsiders», sous le titre «Le challenger», puis enfin réapparu en vidéo chez René Chateau avec le même titre «Le challenger»). En 1980, Matt Dillon retourne à l’école… à l’école de comédiens, au fameux Actor’sStudio de Lee Strasberg. Il y reste un an et demi. C’est le début du syndrome «Like man. C’mon, I dareyaYe man !» (please… ne demandez pas la VF,c’est intraduisible !). Matt Dillon se crée un personnage très au point de petite frappe virile et fragile, cool et suave, sensible et vulgaire.

Brooke Shields

Incroyable mais (presque) vrai : Brooke Shields est une sainte. Du moins, c’est ce qu’elle s’évertue à prouver aux méchants journalistes qui osent montrer le bout de leur mauvaise langue. Que voulez-vous, depuis les dix-neuf ans que cette demoiselle de vingt printemps exerce son métier, il se trouve toujours quelqu’un pour lui demander si ça ne la gêne pas trop d’exhiber, à son âge, ses jolies formes à tout vent. Et la réponse arrive, enrobée dans un sourire qui fleure bon le marshmellow américain. «Well, me déshabiller dans les films fait partie de mon job. Lorsque je tourne, ce n’est plus moi qui suis concernée, je deviens tout à coup quelqu’un d’autre. Cette dualité tient peut-être de mon signe, celui des gémeaux. A ce moment, je peux m’effacer complètement pour laisser libre cours au personnage que j’incarne et aux sentiments qu’on me demande d’éprouver». Mlle Brooke serait-elle en train de nous faire le coup du «DocteurJekyll et Miss Hyde», du genre douce et pudique le jour, perverse et coquine le soir, quand les caméras se mettent en marche ? On pourrait le croire. Toujours est-il que Mme Shields mère (Teri pour les rares intimes) s’égosille à défendre haut et clair les vertus de sa belle pouliche. «Ma gentille Brooke demeure une vraie demoiselle à notre époque de perdition, clame-t-elle un peu partout. Ma fille ne connaît rien des plaisirs de l’amour, rien des horreurs de l’alcool, rien des cigarettes, rien de la promiscuité». Ah, la mère de Brooke Shields ! A la fois manager-conseillère-nounou de sa belle rejetonne, elle semble avoir été inventée pour les besoins de la légende hollywoodienne. Voilà pourquoi il serait impensable d’évoquer la jeune carrière de Brooke sans mentionner l’énorme influence exercée sur elle par Madame mère. C’est cette dernière qui loue ainsi le minois de sa fille, âgée de onze mois, à diverses agences de publicité d’outre-Atlantique. Nous sommes alors en 1966 et Mme Shields, divorcée de Franck Shields après huit mois de mariage, décide de proposer les services de littleBrookie à quelques photographes dont les clichés ornent des boîtes de lessive et autres savonnettes.Brooke Shields Brooke se transforme rapidement en un des bébés poseurs les plus recherchés de Los Angeles. A dix ans, elle devient une professionnelle de l’innocence ou de la provocation mimées sur commande et généreusement rétribuées. De la photo publicitaire au cinéma, il n’y a qu’un pas que Brooke franchit allègrement. Sa première incursion cinématographique a lieu en 1977 dans «Annie Hall» de Woody Allen, mais le rôle est coupé au montage. Ce n’est que dans «Communion sanglante», un sombre film d’horreur que l’adolescente effectue ses vrais débuts au grand écran. L’année suivante, Louis Malle lui confie le rôle féminin principal de «La petite», celui d’une jeune prostituée de Louisiane amoureuse d’un photographe lors de la Première Guerre mondiale. Brooke y laisse deviner le bout de ses petits seins, ce qui scandalise fortement l’Amérique profonde. «Travaillée» par sa redoutable maman chérie, Brooke affirme alors ne pas comprendre ce qui choque tant ses concitoyens. A relire ses déclarations de l’époque, on a l’impression que «La petite» ne serait qu’un doucereux conte de fées où une Blanche Neige blédineuse prendrait son goûter au Bordel du coin. Le remue-ménage provoqué par ce film finit par porter ses fruits puisque la candeur juvénile de Brooke se retrouve à la une de plusieurs publications américaines et européennes. Du coup, les propositions de films commencent également à affluer. Oh, bien sûr, il ne s’agit pas là de chefs-d’œuvre du 7e art, mais d’inoffensives œuvrettes qui ne feraient pas de mal à une mouche. Citons notamment «Tilt» de Rudy Durand, «Just you and me kid» de Leonard Stern ou encore «Wanda Nevada» réalisé par Peter Fonda, tous trois tournés entre 1978 et 1979. Pendant ce temps, maman Teri se frotte les mains. L’argent affluant régulièrement dans la caisse d’épargne familiale, elle décide de fonder la Brooke Shields and Co, une société censée gérer au mieux les intérêts de sa fille. Inutile de vous préciser que Teri se nomme aussitôt présidente à vie de ladite société dont le slogan pourrait être «Au nom du marketing et des coups d’éclat, ainsi soit-il». En 1980, la jeune adolescente accepte de tourner un spot publicitaire vantant les mérites des jeans du styliste Calvin Klein. Elle prend sa plus belle voix (et un cachet de 400 000 dollars) pour susurrer : «Savez-vous ce qu’il y a entre mon jean et moi ?… Rien !». L’Amérique est encore une fois choquée de voir sa minette préférée jouer, à quinze ans, les Lolita allumeuses. Quelques mois plus tard, le scandale est de nouveau fidèle au rendez-vous mais, cette fois, les Shields (mère et fille) ne trouvent pas cela très «payant». En effet, c’est le moment que choisit un photographe, Gary Gross, pour publier un album intitulé «Sugar and spices» (Sucre et épices) comportant plusieurs nus de little Brookie. Pris en 1975, alors qu’elle était âgée de dix ans, ces clichés la représentent nue dans sa baignoire et le corps enduit d’huile. Lorsqu’éclate l’affaire, en 1981, Teri Shields en profite aussitôt pour réclamer le versement de royalties sur lesdits clichés qu’elle avait autorisés à l’époque et qui lui avaient été payés. Le photographe lui oppose un refus formel. Drapée dans sa dignité de duègne outragée, Teri intente alors un procès (qu’elle perd) à Gary Gross. L’arrêté du juge est on ne peut plus clair : «C’est vous, madame, qui avez fait photographier votre fille nue, quand elle avait dix ans. Vous avez reçu 450 dollars. Maintenant que votre enfant est célèbre, vous réclamez un million de dollars pour ces photos. Il me semble qu’il est un peu tard pour pleurnicher». Et toc ! Brooke se (re)tourne alors vers le cinéma, le seul moyen de redorer son blason terni. Elle tourne «Le lagon bleu» avec un adolescent inconnu nommé Christopher Atkins. Les deux jouvenceaux sont, pour les besoins de l’intrigue, parachutés sur une île déserte du Pacifique. Ils découvrent, au fil des années, les charmes de leurs anatomies respectives avant d’enfanter un bébé. A la sortie du film, les ligues bien-pensantes ne trouvent pas matière à redire puisque la nudité de Brooke est pudiquement camouflée par sa longue chevelure et un flou des plus prudents. «Le lagon bleu» étant surtout destiné à être «consommé» par un jeune public, on comprend parfaitement pourquoi Brooke et sa mère préfèrent ne pas trop faire de vagues. Ce créneau leur réussit si bien qu’elles récidivent l’année suivante avec «Un amour infini». Mais, cette fois, la barre est placée un peu plus haut et le réalisateur Franco Zeffirelli sert de caution artistique. Pour respactibiliser davantage encore l’entreprise, on choisit de porter à l’écran un roman plutôt bien accueilli par la critique américaine. Les amours adolescentes sont une fois de plus mises à contribution puisqu’il est question ici d’une brulante passion qui unit une lycéenne de quinze ans à un autre teen-ager au look crypto-boutonneux de rigueur. Mais les parents voient pareille liaison d’un mauvais œil et s’ingénient à contrecarrer cette romance bourgeonnante. Bref un film pétri d’innocence émaillé par quelques scènes d’amour très appliquées entre Brooke et son partenaire. De temps à autre, et histoire de nous prouver que nous assistons effectivement à un film dramatique, Mlle Shields fronce consciencieusement les sourcils tout en écarquillant les yeux. Cette gymnastique faciale n’empêche pas le public de bouder cet «amour infini malgré une campagne publicitaire habilement menée. Mais le film permet quand même à la jeunette d’empocher Ia bagatelle de 500 000 dollars qui tombent droit dans I’ escarcelle de la société Brooke Shields and Co. Millionnaire en dollars, Brooke prétend pourtant ne jamais penser à l’argent. «L’argent ne m’intéresse pas et je n’y comprends d’ailleurs rien, affirme-t-elle. Un jour,maman m’a montré un chèque : il y avait tellement de zéros que je ne parvenais pas à lire le montant de la somme. C’est elle qui s’occupe de tout. Moi, je travaille parce que j’aime ça». Autre son de cloche chez Mme Shields mère qui déclare: «Brooke adore toucher l’argent qu’elle gagne avec ses doigts». II n’empêche que ladite Brooke à beau être préoccupée de (bien) gagner son avenir, elle n’en désire pas moins le «cultiver». C’est probablement la raison qui la pousse à s’inscrire dans la prestigieuse université de Princeton où elle poursuit des études de littérature et de psychologie depuis la fin 83. Cela, tout en continuant à tourner entre deux cours, comme c’est le cas en 1984 avec «Sahara» d’Andrew McLaglen, qui sort aujourd’hui en vidéo chez GCR. Elle y incarne une jeune Américaine des années trente qui participe à une course automobile, à travers le Sahara,déguisée en… homme. Enlevée par des bédouins, elle finit pas céder aux avances d’un jeune cheikh déguisé en Lambert Wilson (à moins que ce ne soit le contraire). Mais le vrai folklore se déroule lors du tournage du film en Israël. Sur le plateau, cette chère Brooke ne se montre qu’accompagnée par sa mère, un professeur de français ainsi qu’un professeur de mathématiques. Ensuite, Darling Teri (coproductrice déléguée de «Sahara») s’arrange pour avantager la prestation de sa fifille par rapport à celles des autres participants du film. D’où un climat de tension persistant entre Teri et l’autre producteur du film, Menahem Golan, qui entend bien avoir le dernier mot. A sa sortie, «Sahara» ne passionne pas vraiment les foules et rejoint «Un amour infini» dans la catégorie des films de Brooke à voir au douzième degré, histoire de rigoler les soirs de blues. Depuis Mlle Shields a réintégré son université de Princeton non sans avoir annonce trois importantes décisions en ce qui la concerne. D’abord, la mise en chantier de «A look at Brooke», un documentaire sur sa précieuse personne qu’elle a elle-même commandité par l’intermédiaire de la Brooke Shields and Co. Elle a ensuite démenti être amoureuse d’Anthony Delon, John Travolta et Albert de Monaco auxquels l’avaient fiancée les gazettes spécialisées. Last but not least, elle s’apprête à publier un livre de conseils aux jeunes adolescentes yankee, livre dont elle assure actuellement la promotion et pour lequel elle s’est engagée, par contrat, à… rester pucelle jusqu’en juin ! Comme le dirait Jean Yanne : «Publicité, virginité, choucroute».