Résumé
J'ai été condamnée le 08 octobre 2008, par la cour d'appel de Nancy à deux mois de prison avec sursis et 6 000€ de dommages et intérêts pour discrimination religieuse. J'avais demandé en août 2006 à deux femmes voilées qui se présentaient avec leur famille dans mon gîte, de retirer leur voile dans les parties communes.

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Ce ne sont que des excuses !
publié par Fanny

Mardi 13 janvier, se tenait à Paris une conférence animée par Monsieur Henri PENA-RUIZ. Je ne pouvais y assister mais une amie à moi y est allée. Au moment des questions « diverses », elle a pris la parole pour demander s’il connaissait mon histoire et ce qu’il en pensait.

Il connaissait mon histoire, mais il se gardera ce soir là de prendre position en ma faveur sous prétexte que j’avais fait une erreur. Je cite : « Un gîte n’est pas un lieu symbole de la République »

Pour cette « erreur », j’ai été condamnée à 2 mois de prison avec sursis et 6.000€ de dommages et intérêts, motif : discrimination religieuse. Pour cette « erreur », je paie ma dette à la Société.  Mais après, j’ai le droit de penser que ma condamnation est scandaleuse.

Cette « erreur » a pu être possible parce qu’il existe une loi, celle du 15 mars 2004.  J’ai le droit de penser que cette loi est complètement obsolète et en parfaite opposition avec notre réalité au quotidien cinq ans après.

La loi parle seulement du voile à l'école laïque. Or, aujourd'hui, nous croisons dans la rue, dans les transports en commun des femmes voilées: cela va du simple foulard au voile intégral. A la vue de ces femmes de plus en plus nombreuses, les femmes et les hommes libres et laïques se sentent mal à l'aise, voire agressés.

Ce n’est parce qu’une loi existe, qu’elle est bonne. Vivre en démocratie, c’est pouvoir critiquer, j’estime que je peux critiquer cette loi et demander qu’elle soit revue et corrigée et pas simplement « toilettée » comme notre Président l’a dit à propos de la loi du 9 décembre 1905.

Ne vous en déplaise Monsieur, le voile nous envoie deux messages :

1/ il est un signe d’appartenance à une religion

2/ il est un signe de soumission de la femme

Monsieur, je ne vous demande pas de prendre position pour moi, je n’ai engagé aucun nouveau recours, mon histoire personnelle s’arrête là. Ce que je vous demande à vous comme à tous, c’est  d’ouvrir les yeux sur les dangers liés à ces deux messages, ne pas le faire  est une grave erreur pour le devenir de nos enfants.

Certains ne se trompent pas, comme Alain Callès, ancien Président du MRAP qui a dit ceci :

« a force d’atermoiements, notre société arrive à une situation paradoxale : un pays laïque dont les fondements s’appuient sur la tolérance et la non discrimination (du fait des croyances, des origines, des orientations sexuelles, etc.) envisagerait de condamner une personne qui refuse que ses enfants soient témoins des symboles de l’oppression de la femme, de sa soumission à l’homme et à sa loi religieuse. Le droit à la différence est un droit pour lequel beaucoup se sont battus. Le droit à la différence est un droit, ce n’est pas un diktat qui qu’imposerait aux autres. Mais ce n’est pas un droit hors cadre, ex-nihilo. C’est un droit qui ne peut s’exercer qu’à l’intérieur du cadre républicain et de ses fondamentaux. Il ne les détermine pas, il s’y inscrit. Si tel n’était pas le cas, ce serait notre fondement démocratique qui serait dévoyé et qui céderait le pas devant tous les particularismes des uns ou des autres.

Le droit républicain à la différence ne peut devenir, par un simple retournement sémantique, le droit à l’oppression de ceux qui luttent pour le progrès et l’émancipation, de ceux qui mènent le combat pour une citoyenneté partagée quels que soient ses croyance et son sexe ; L’expression de l’oppression de la femme, la mise ne avant des symboles de cette oppression comme la burka, sont antinomiques avec les principes d’égalité et de fraternité qui fondent la société française.

La liberté d’expression ne peut servir de faire valoir à ceux qui cousent symboliquement la bouche des femmes en y jetant un voile. La loi contre le racisme ne peut pas être dévoyée de sa fonction et de son esprit par un tour de passe-passe sémantique qui aboutirait à cette situation paradoxale : condamner les adultes qui combattent le sexisme et l’obscurantisme qui le sous-tendent ! La justice ne peut pas tomber dans le piège tendu par ceux qui pratiquent le double langage et provoquent les situations pour se victimiser. C’est pour ces raisons que j’apporte mon soutien à Fanny qui a refusé que ses enfants intègrent comme une normalité, dans des lieux partagés, ces symboles d’oppression et de soumission. En faisant ainsi, Fanny s’est inscrite dans la continuité de l’enseignement républicain porté par l’école publique.

samedi 8 septembre 2007, par Alain Calles

Je me permets de vous demander de lire et relire encore l’article : JE ME SOUVIENS, les combats de nos aînées.

Et aussi, ce qui disait Freud à propos des libertés :

« La liberté individuelle renvoie au droit qu’a chacun de décider, de choisir ce qui le concerne en propre. Nul par exemple n’a à décider à ma place de mes choix de vie. C’est à moi de décider de mon métier (dans les mesures de mes capacités), de ma situation familiale (vais-je ou non me marier, avoir ou non des enfants, etc. ?).

La liberté individuelle renvoie donc à la sphère privée. Elle renvoie à ce dont j’ai envie, à ce qui me plaît. Les exigences culturelles de la collectivité : « culturel » a ici le sens philosophique de « social ». La vie en société a ses exigences, c’est-à-dire ses règles dont on ne peut se passer. Elles sont nécessaires pour rendre la vie sociale possible. Par exemple, nous ne pouvons vivre en société dans le conflit permanent. Il y faut la concorde, la paix. Il faut organiser le travail, la distribution des biens de façon à ce que chacun trouve son intérêt. Or ceci n’est possible qu’à condition d’imposer des limites à l’égoïsme individuel qui nous incline à toujours nous préférer aux autres. Ces limites constituent les lois.

Les deux peuvent s’opposer, la liberté m’incline à l’égoïsme. Je me préfère aux autres, je veux faire ce qui me plaît. Mais en faisant ce qui me plaît, je peux être conduit à nuire aux autres et donc contredire les exigences sociales pourtant nécessaires car l’homme ne peut vivre humainement qu’en société. La société m’oblige à tenir compte des autres, à respecter ce qui constitue leur droit et qui peut s’opposer au mien. Mon intérêt peut ne pas être conforme à l’intérêt général. Ainsi l’intérêt d’un patron est de payer le moins possible ses ouvriers mais l’intérêt général implique que chacun ait de quoi vivre décemment. De même, je peux avoir envie d’écouter de la musique à plein volume, mais les autres ont le droit de dormir la nuit.

La vie sociale suppose de régler ce conflit permanent entre ce qui me plaît et le droit des autres, droit des autres qui est du reste condition du mien puisque, bien sûr, les autres aussi se préfèrent. Au fond, chacun voudrait n’avoir que des droits quand la vie sociale m’impose des devoirs qui sont d’ailleurs condition de mon droit. Où serait par exemple mon droit à la vie ou à la propriété si la loi n’imposait pas le devoir de ne pas tuer ni voler, quels que soient par ailleurs mes désirs personnels ? Le bonheur de l’homme suppose de concilier les droits de chacun à la liberté individuelle et les limites de ces droits qu’impose la vie sociale. Or il n’est pas sûr que ce compromis soit possible et donc que le bonheur soit accessible à l’homme.

Je vous invite à lire aussi, il y a deux manifestations samedi 17 janvier à Paris.

Alors, ne cherchez pas des excuses, cette cause est juste.

Fanny



Article ajouté sur le site le 16 Jan 2009· Réagir à cet article
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