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Archive for mai, 2015

Ni avec toi, ni sans toi

Ni avec toi, ni sans toiLe genre de titre à se demander si ça vaut vraiment le déplacement et s’il est nécessaire de se munir de son paquet de Kleenex avant de se lancer. Et malgré l’horripilante, mais néanmoins talentueuse Evelyne Bouix qui n’a pas joué Piaf pour rien tant elle ressemble à un oiseau tombé du nid, et Philippe Léotard le torturé qui fait de la peine, c’est sûr que l’on ne s’écroule pas de rire toutes les cinq minutes. Sauf si la sauce mélo ne prend pas… Le thème simple comme la vie ! Un homme et une femme s’aiment, se désaiment, se raiment… Bref, après s’être séparés, ils se remettent ensemble et ne s’en remettent jamais. Souffrance, alcool, destruction mutuelle. Vive la vie ! «Ni avec toi, ni sans toi» est un film mélo, sensible, mais sans surprises. Le titre a déjà tout dit et François Truffaut le disait beaucoup mieux et avec plus de classe dans «La femme d’à côté».

Mariage

Henri et Jeanine, gauches et empruntés dans leurs costumes neufs, seraient presque émouvants lorsqu’ils emménagent, le soir de leur mariage, dans cette petite maison de Saint-Aubin-sur-Mer. Nous sommes le 5 juin 1944. Le lendemain matin, pas de grasse matinée qui tienne : c’est le fracas des obus qui réveille les jeunes mariés. Tiré du lit, Henri entre in extremis dans la Résistance. Héros malgré lui, le trouillard joue le jeu de la légende héroïque. Tous les ans, c’est un comble, c’est lui qui fera un discours pour fêter la Libération. Entre-temps, le ménage va à vau-l’eau. Ce benêt d’Henri ne s’est pas amélioré avec l’âge, il est devenu un radoteur mesquin, et la belle Jeanine s’est aigrie précocement. Claude Lelouch les retrouve de décennie en décennie 5 juin 1954, 5 juin 1964, 5 juin 1974 enfin. Quatre journées, quatre actes qui décrivent impitoyablement la désagrégation d’un couple mal parti dès le début, l’invasion des problèmes quotidiens. C’est sans doute le film le plus agressif de Lelouch, l’envers de son unanimisme humaniste. Au-delà de la performance de Bulle Ogier et de Rufus, le tout est d’un mépris de l’humanité et d’un poujadisme étriqué qui frise le malaise.

Cal

Dès qu’on évoque, au cinéma, le problème irlandais… c’est le tir groupé. Un peu comme pour le drame algérien, en France. CalPourtant un Irlandais est parvenu, dans le cadre du cinéma anglais (et grâce au producteur number one qui est en train de réveiller la production britannique : David Puttman !), à faire l’unanimité. Pat O’Connorlé dit lui-même «Mon film n’est pas fait pour flatter une quelconque tendance. Le sujet, c’est l’agonie de l’individualité dans un climat de passions». «Cal» n’est pas un film politique, c’est une double histoire d’amour. Et les seules affirmations que se permet le film ne sont pas politiques, mais traitent de l’amour. De la relation entre un père et un fils, autant que de celle entre une femme et un jeune garçon de 19 ans. Mais Pat O’Connor ne cache pas que la cohabitation entre loyalistes protestants et catholiques est difficile, surtout dans les classes ouvrières où les haines se doublent d’un crucial problème de chômage. Pat O’Connor montre que rien n’est simple pour l’individu. Chaque clan oblige à prendre parti, vous viole votre libre arbitre. On est, quelque part, victime de sa naissance. Lorsque Cal et son père, catholiques et tolérants qui vivent dans un environnement protestant, voient leur maison incendiée… une femme protestante vient leur dire combien elle a honte pour ses coreligionnaires… Pat O’Connor évite les stéréotypes trop souvent trimballés par la presse pour impliquer émotionnellement son spectateur. Et c’est là la vraie force de son film. Cal et son père ont du mal à se comprendre… Pourquoi Cal préfère-t-il être chômeur que de travailler jusqu’à la nausée dans les abattoirs locaux ? Cal est amoureux d’une veuve catholique italienne qui a épousé un protestant… Pourquoi Cal et Marcelle ne peuvent-il pas tenir leur amour loin de la cruelle réalité politique ? Cette belle histoire d’amour sur une toile de fond d’angoisse et de violence nous concerne tous !