A voix haute

Ce que je pense et à voix haute !

rainbow

Archive for octobre, 2014

Sauvage et beau

Il y avait, jadis, la malédiction des pharaons… il y aujourd’hui, la bénédiction des «Outsiders». Tous les jeunes mecs que Coppola découvrit dans son film ont fait un joli brin de carrière et continuent à s’imposer superbement dans le créneau «graine de star et nouveau macho». Coppola a fait de Matt Dillon la vedette de «Outsiders» et de «Rusty James»… Mais il a pris letrain en marche ! Bien avant la sortie américaine, pendant l’été 82, Matt Dillon était déjà le «darling des teen magazines». Coppola, en lui offrant le personnage de Dallas dans «Outsiders», le consacra comme graine de star à part entière. Mais Matt Dillon existait avant ! Qui a assisté à une séance publique américaine de «Outsiders» n’a pas oublié les sifflets et les cris d’hystérie qui fusaient de la salle lorsque le beau Matt venait rouler des mécaniques et des zygomatiques en gros plan. C’est vrai que ce jeune loup de 18 ans avait déjà un sacré charisme et séduisait tout en gardant un certain mystère. Plein de santé, cheveux bruns mi-longs, visage anguleux, sourire généreux avec une dent légèrementcassée, regard noir de séducteur romantique, oreilles élancées vers l’arrière, allure altière et svelte, carrure d’épaulesdéveloppée juste ce qu’il faut… Matt Dillon est le type même du beau gosse. Et c’est une des raisons, avec sa jeunesse, de son succèsimmédiat. Dillon – dixit de sérieux magazines américains – plait à tous les publics : les gays et les dames ménopauséesamateurs de gigolos bien sur… mais aussi les parents, pour qui ilreprésente un modèle de gendre convenable, sémillant et sympathique, et le public d’adolescents pour qui il est le copain – ou le boy friend – qu’on aimerait avoir. En 1978, «Houligans» («Over the edge»), son premier film qu’il tourna à 14 ans, traitait de la violence et de la révolte des adolescents dans une grande cité. A la fois thriller et document sociologique, le film de Jonathan Kaplan imposa le côté mauvais garçon de Matt Dillon. Mais son second film, «Les petites chéries» («Littledarlings») de Robert F. Maxwell, avec un rôle de jeune macho que Kristie McNichols drague et dont elle tombe amoureuse, impose, dès l’annéesuivante, l’autre aspect de son personnage : le jeune séducteur sexy. La route Dillon est donc tout tracée, en deux films seulement : loubard de charme et jeune coq sans complexe. Matt Dillon incarne un nouveau style de garçon dans le vent – dixit les magazines pour adolescents. Mais ils passent leur temps à qualifier leur gamin-objet de nouveau Brando, nouveau James Dean et mêmenouveau Paul Newman ! Et Dillon n’aime pas ces parrainages:«Marlon Brando ? Quand je tournais «Houligans», quelqu’un m’a dit que je ressemblais à Brando. Je n’ai pas pris ça pour un compliment. Pour moi, ce n’était que le vieil homme gros que j’avais vu dans «Le parrain». Après, je suis allé voir «Un tramway nommédésir» et j’ai trouve ça pas mal». Le Matt Dillon de 18 ans est pain béni pour toute une presse qui le fait mousser comme une Chantilly et le sacre «le meilleur copain de millions de jeunes Américains», lui faisant tenir des propos du genre : «Moi sexy ? Je ressemble à tous les garçons de mon âge. Je suis bien dans ma peau, c’est tout. Et Ia seule différence que je remarque avec le passé, c’est que je ne fais plus de complexes pour les bêtises. A 15 ans, il m’est arrivé de m’enfermer plusieurs jours pour une poussée d’acné… On dit que je suis un bourreau des cœurs. Toute cetteréputation me fait peur. C’est vrai que je suis «prolifique» en amour et que je rencontre souvent des jolies femmes. Mais je ne suis pas macho. Je ne joue pas avec les sentiments de mes partenaires !» Entre magazines et posters, Matt Dillon est devenu, aux mains de «merchandisers», un nouveau…miroir àfantasmes ! Et, dans cette périodepré-Coppola, le cinéma n’a qu’une importance relative… Tout a commencé par hasard. Le jeune Matt Dillon (c’est son vrai nom, même s’il le partage avec un célèbre cow-boy de série TV américaine) vivait aWestchester, dans l’Etat de New York, avec ses parents, ses cinq frères et sa sœur, un couple de ratons laveurs, six chats et un berger allemand nommé Hitler. Matt est plutôt du genre cancre sympa. «J’étais en train de sécher un cours et de me faufiler dans le couloir, quand un type m’a arrêté pour me demander si je voulais faire du cinéma. J’ai d’abord pensé qu’il se foutait de moi. J’allais me tirer, mais il m’a expliqué qu’il s’appelait Victor Ramos, qu’il étaitdécouvreur de talents et qu’il cherchait des «sales gosses» pour un film de Jonathan Kaplan intitule «Houligans». Un vrai conte de fées à la «A star isborn» ! Matt Dillon enchaine film sur film.«Les petites chéries» en 1979. «Veux-tu être mon garde du corps ?» de Tony Bill en 1980 (titre original «My body gard», film sorti en France uniquement et discrètement en province) où il est encore une petite frappe. «Le challenger» de David Fisher en 1981 («Liar’smoon») qui est une sorte de melo où Matt Dillon a un rôle àla James Dean, de jeune prolo s’enfuyant avec celle qu’il aime, contre la volonté de leurs parents. Et enfin «Tex» de Tim Hunter en 1982, une production Disney que nous n’avons jamais vue en France ! ««Tex» est tout sauf un film dans la tradition Disney, avoue Malt Dillon. Le film raconte les problèmes d’un garçon de 14 ans en Oklahoma. J’en avais 18, mais je me sentais à l’aise pour jouer le rôle d’un adolescent de 14 ans. En apparence, Tex est calme et doux, mais il a des problèmes, comme beaucoup d’adolescents d’aujourd’hui. Il parle à son cheval. Mais il y a un meurtre, une bagarre violente à cause de la drogue et un acte sexuel évident… » On comprend mieux pourquoi, ce film, qui a imposé définitivement Matt Dillon comme nouvelle star de cinéma, est resté dans les ;tiroirs Disney alors que tous les autres films de Matt Dillon sont distribués et même redistribués sous des titres totalement différents («Over the edge», d’abord «Violence sur la ville» puis «Houligans»… ou encore «Liar’smoon» sorti d’abord en cassette sous le titre «Il y a toujours de l’espoir pour ceux qui s’aiment» chez Jacques Leitienne/Carrère, puis sorti en salles, après le succès d’«Outsiders», sous le titre «Le challenger», puis enfin réapparu en vidéo chez René Chateau avec le même titre «Le challenger»). En 1980, Matt Dillon retourne à l’école… à l’école de comédiens, au fameux Actor’sStudio de Lee Strasberg. Il y reste un an et demi. C’est le début du syndrome «Like man. C’mon, I dareyaYe man !» (please… ne demandez pas la VF,c’est intraduisible !). Matt Dillon se crée un personnage très au point de petite frappe virile et fragile, cool et suave, sensible et vulgaire.

Brooke Shields

Incroyable mais (presque) vrai : Brooke Shields est une sainte. Du moins, c’est ce qu’elle s’évertue à prouver aux méchants journalistes qui osent montrer le bout de leur mauvaise langue. Que voulez-vous, depuis les dix-neuf ans que cette demoiselle de vingt printemps exerce son métier, il se trouve toujours quelqu’un pour lui demander si ça ne la gêne pas trop d’exhiber, à son âge, ses jolies formes à tout vent. Et la réponse arrive, enrobée dans un sourire qui fleure bon le marshmellow américain. «Well, me déshabiller dans les films fait partie de mon job. Lorsque je tourne, ce n’est plus moi qui suis concernée, je deviens tout à coup quelqu’un d’autre. Cette dualité tient peut-être de mon signe, celui des gémeaux. A ce moment, je peux m’effacer complètement pour laisser libre cours au personnage que j’incarne et aux sentiments qu’on me demande d’éprouver». Mlle Brooke serait-elle en train de nous faire le coup du «DocteurJekyll et Miss Hyde», du genre douce et pudique le jour, perverse et coquine le soir, quand les caméras se mettent en marche ? On pourrait le croire. Toujours est-il que Mme Shields mère (Teri pour les rares intimes) s’égosille à défendre haut et clair les vertus de sa belle pouliche. «Ma gentille Brooke demeure une vraie demoiselle à notre époque de perdition, clame-t-elle un peu partout. Ma fille ne connaît rien des plaisirs de l’amour, rien des horreurs de l’alcool, rien des cigarettes, rien de la promiscuité». Ah, la mère de Brooke Shields ! A la fois manager-conseillère-nounou de sa belle rejetonne, elle semble avoir été inventée pour les besoins de la légende hollywoodienne. Voilà pourquoi il serait impensable d’évoquer la jeune carrière de Brooke sans mentionner l’énorme influence exercée sur elle par Madame mère. C’est cette dernière qui loue ainsi le minois de sa fille, âgée de onze mois, à diverses agences de publicité d’outre-Atlantique. Nous sommes alors en 1966 et Mme Shields, divorcée de Franck Shields après huit mois de mariage, décide de proposer les services de littleBrookie à quelques photographes dont les clichés ornent des boîtes de lessive et autres savonnettes.Brooke Shields Brooke se transforme rapidement en un des bébés poseurs les plus recherchés de Los Angeles. A dix ans, elle devient une professionnelle de l’innocence ou de la provocation mimées sur commande et généreusement rétribuées. De la photo publicitaire au cinéma, il n’y a qu’un pas que Brooke franchit allègrement. Sa première incursion cinématographique a lieu en 1977 dans «Annie Hall» de Woody Allen, mais le rôle est coupé au montage. Ce n’est que dans «Communion sanglante», un sombre film d’horreur que l’adolescente effectue ses vrais débuts au grand écran. L’année suivante, Louis Malle lui confie le rôle féminin principal de «La petite», celui d’une jeune prostituée de Louisiane amoureuse d’un photographe lors de la Première Guerre mondiale. Brooke y laisse deviner le bout de ses petits seins, ce qui scandalise fortement l’Amérique profonde. «Travaillée» par sa redoutable maman chérie, Brooke affirme alors ne pas comprendre ce qui choque tant ses concitoyens. A relire ses déclarations de l’époque, on a l’impression que «La petite» ne serait qu’un doucereux conte de fées où une Blanche Neige blédineuse prendrait son goûter au Bordel du coin. Le remue-ménage provoqué par ce film finit par porter ses fruits puisque la candeur juvénile de Brooke se retrouve à la une de plusieurs publications américaines et européennes. Du coup, les propositions de films commencent également à affluer. Oh, bien sûr, il ne s’agit pas là de chefs-d’œuvre du 7e art, mais d’inoffensives œuvrettes qui ne feraient pas de mal à une mouche. Citons notamment «Tilt» de Rudy Durand, «Just you and me kid» de Leonard Stern ou encore «Wanda Nevada» réalisé par Peter Fonda, tous trois tournés entre 1978 et 1979. Pendant ce temps, maman Teri se frotte les mains. L’argent affluant régulièrement dans la caisse d’épargne familiale, elle décide de fonder la Brooke Shields and Co, une société censée gérer au mieux les intérêts de sa fille. Inutile de vous préciser que Teri se nomme aussitôt présidente à vie de ladite société dont le slogan pourrait être «Au nom du marketing et des coups d’éclat, ainsi soit-il». En 1980, la jeune adolescente accepte de tourner un spot publicitaire vantant les mérites des jeans du styliste Calvin Klein. Elle prend sa plus belle voix (et un cachet de 400 000 dollars) pour susurrer : «Savez-vous ce qu’il y a entre mon jean et moi ?… Rien !». L’Amérique est encore une fois choquée de voir sa minette préférée jouer, à quinze ans, les Lolita allumeuses. Quelques mois plus tard, le scandale est de nouveau fidèle au rendez-vous mais, cette fois, les Shields (mère et fille) ne trouvent pas cela très «payant». En effet, c’est le moment que choisit un photographe, Gary Gross, pour publier un album intitulé «Sugar and spices» (Sucre et épices) comportant plusieurs nus de little Brookie. Pris en 1975, alors qu’elle était âgée de dix ans, ces clichés la représentent nue dans sa baignoire et le corps enduit d’huile. Lorsqu’éclate l’affaire, en 1981, Teri Shields en profite aussitôt pour réclamer le versement de royalties sur lesdits clichés qu’elle avait autorisés à l’époque et qui lui avaient été payés. Le photographe lui oppose un refus formel. Drapée dans sa dignité de duègne outragée, Teri intente alors un procès (qu’elle perd) à Gary Gross. L’arrêté du juge est on ne peut plus clair : «C’est vous, madame, qui avez fait photographier votre fille nue, quand elle avait dix ans. Vous avez reçu 450 dollars. Maintenant que votre enfant est célèbre, vous réclamez un million de dollars pour ces photos. Il me semble qu’il est un peu tard pour pleurnicher». Et toc ! Brooke se (re)tourne alors vers le cinéma, le seul moyen de redorer son blason terni. Elle tourne «Le lagon bleu» avec un adolescent inconnu nommé Christopher Atkins. Les deux jouvenceaux sont, pour les besoins de l’intrigue, parachutés sur une île déserte du Pacifique. Ils découvrent, au fil des années, les charmes de leurs anatomies respectives avant d’enfanter un bébé. A la sortie du film, les ligues bien-pensantes ne trouvent pas matière à redire puisque la nudité de Brooke est pudiquement camouflée par sa longue chevelure et un flou des plus prudents. «Le lagon bleu» étant surtout destiné à être «consommé» par un jeune public, on comprend parfaitement pourquoi Brooke et sa mère préfèrent ne pas trop faire de vagues. Ce créneau leur réussit si bien qu’elles récidivent l’année suivante avec «Un amour infini». Mais, cette fois, la barre est placée un peu plus haut et le réalisateur Franco Zeffirelli sert de caution artistique. Pour respactibiliser davantage encore l’entreprise, on choisit de porter à l’écran un roman plutôt bien accueilli par la critique américaine. Les amours adolescentes sont une fois de plus mises à contribution puisqu’il est question ici d’une brulante passion qui unit une lycéenne de quinze ans à un autre teen-ager au look crypto-boutonneux de rigueur. Mais les parents voient pareille liaison d’un mauvais œil et s’ingénient à contrecarrer cette romance bourgeonnante. Bref un film pétri d’innocence émaillé par quelques scènes d’amour très appliquées entre Brooke et son partenaire. De temps à autre, et histoire de nous prouver que nous assistons effectivement à un film dramatique, Mlle Shields fronce consciencieusement les sourcils tout en écarquillant les yeux. Cette gymnastique faciale n’empêche pas le public de bouder cet «amour infini malgré une campagne publicitaire habilement menée. Mais le film permet quand même à la jeunette d’empocher Ia bagatelle de 500 000 dollars qui tombent droit dans I’ escarcelle de la société Brooke Shields and Co. Millionnaire en dollars, Brooke prétend pourtant ne jamais penser à l’argent. «L’argent ne m’intéresse pas et je n’y comprends d’ailleurs rien, affirme-t-elle. Un jour,maman m’a montré un chèque : il y avait tellement de zéros que je ne parvenais pas à lire le montant de la somme. C’est elle qui s’occupe de tout. Moi, je travaille parce que j’aime ça». Autre son de cloche chez Mme Shields mère qui déclare: «Brooke adore toucher l’argent qu’elle gagne avec ses doigts». II n’empêche que ladite Brooke à beau être préoccupée de (bien) gagner son avenir, elle n’en désire pas moins le «cultiver». C’est probablement la raison qui la pousse à s’inscrire dans la prestigieuse université de Princeton où elle poursuit des études de littérature et de psychologie depuis la fin 83. Cela, tout en continuant à tourner entre deux cours, comme c’est le cas en 1984 avec «Sahara» d’Andrew McLaglen, qui sort aujourd’hui en vidéo chez GCR. Elle y incarne une jeune Américaine des années trente qui participe à une course automobile, à travers le Sahara,déguisée en… homme. Enlevée par des bédouins, elle finit pas céder aux avances d’un jeune cheikh déguisé en Lambert Wilson (à moins que ce ne soit le contraire). Mais le vrai folklore se déroule lors du tournage du film en Israël. Sur le plateau, cette chère Brooke ne se montre qu’accompagnée par sa mère, un professeur de français ainsi qu’un professeur de mathématiques. Ensuite, Darling Teri (coproductrice déléguée de «Sahara») s’arrange pour avantager la prestation de sa fifille par rapport à celles des autres participants du film. D’où un climat de tension persistant entre Teri et l’autre producteur du film, Menahem Golan, qui entend bien avoir le dernier mot. A sa sortie, «Sahara» ne passionne pas vraiment les foules et rejoint «Un amour infini» dans la catégorie des films de Brooke à voir au douzième degré, histoire de rigoler les soirs de blues. Depuis Mlle Shields a réintégré son université de Princeton non sans avoir annonce trois importantes décisions en ce qui la concerne. D’abord, la mise en chantier de «A look at Brooke», un documentaire sur sa précieuse personne qu’elle a elle-même commandité par l’intermédiaire de la Brooke Shields and Co. Elle a ensuite démenti être amoureuse d’Anthony Delon, John Travolta et Albert de Monaco auxquels l’avaient fiancée les gazettes spécialisées. Last but not least, elle s’apprête à publier un livre de conseils aux jeunes adolescentes yankee, livre dont elle assure actuellement la promotion et pour lequel elle s’est engagée, par contrat, à… rester pucelle jusqu’en juin ! Comme le dirait Jean Yanne : «Publicité, virginité, choucroute».