A voix haute

Ce que je pense et à voix haute !

rainbow

Archive for janvier, 2014

Nadine

Robert Benton, qui s’est fait connaître en tournant» Kramer contre Kramer », s’est sûrement amusé en dirigeant Jeff Bridges et Kim Basinger dans cette comédie policière. La belle Kim y incarne Nadine, une fofolle qui, s’apprêtant à divorcer, accepte de poser nue pour un photographe qui prétend travailler pour Playboy. On est en province dans les années 50 : vus voyez d’ici le scandale ! Prise de remords, Nadine veut récupérer les photos. Paf ! On assassine le photographe sous ses yeux. C’est le début d’une course-poursuite débridée, pleine de rebondissements, autour du couple terrible que forment Nadine et son futur ex-mari Vernon (Jeff Bridges), un raté héroïque qui fera face, avec elle, à une machination compliquée à souhait. Au total, un agréable divertissement.

Working Girl

Working GirlS’il y a un film qui peut se vanter d’en mettre plein la vue avant même qu’on en découvre une seule image, c’est bien celui-là. Fort d’une distribution prestigieuse, « Quand les femmes s’en mêlent » (heureux titre français I) ne parvient pourtant pas à enthousiasmer complètement le spectateur. Pour son onzième film, Mike Nichols (« Le lauréat », « La brûlure ») a choisi de nous décrire l’ascension fulgurante d’une jeune secrétaire insatisfaite de sa condition. Désireuse de ne pas rester éternellement dans l’ombre de ses supérieurs, Tess McGill (Mélanie Griffith), une jeune femme de trente ans, décide de réagir et de prouver qu’elle vaut mieux que ce qu’on pense d’elle. A la première occasion, elle se fait passer pour sa patronné et se lance dans le monde impitoyable des affaires où elle connaîtra amour et succès. A mi-chemin entre la grosse farce et le conte de fées, « Working girl » fait la part un peu trop belle à l’adage qui veut que la réussite ne vienne qu’en travaillant. Mais après tout, ce n’est qu’une comédie. Et on ne manquera pas d’apprécier la formidable prestation de Melanie Griffith qui est la véritable révélation du film alors qu’Harrison Ford et Sigourney Weaver sont toujours aussi épatants. On ne rit donc pas aux larmes, mais on passe un très agréable moment.

Le Fruit Défendu

Le Fruit Défendu Arles, 1951. Un médecin intègre et honorable fête son anniversaire en compagnie de sa mère, de sa femme, de ses enfants et de ses amis. Tous s’accordent à louer ses mérites. Il est pourtant détenteur d’un bien lourd secret. Possédé soudain par le démon de midi, il s’entiche passionnément d’une garce ravissante rencontrée par hasard. Mais Arles est une petite ville. Tout le monde le connaît, l’aime et le respecte. Difficile, dans ces conditions, d’entretenir secrètement une liaison. Il y parvient cependant, au prix de mille mensonges. Mais il a mis le doigt dans l’engrenage et forcément, un jour, il faut rendre des comptes. Fernandel est parfait dans un rôle conflictuel, surprenant de vérisme, confondant de vérité. La fin, petite merveille de raccourci, va-t-elle vraiment tout résoudre ?

Le chat

Clémence et Julien vivent dans un petit pavillon de la banlieue parisienne entre des chantiers de construction de gigantesques HLM. S’ils se sont aimés jadis, aujourd’hui, ils ne se supportent plus. Leurs violentes disputes ont progressivement laissé place à un silence cruel et pesant. Chaque jour, ils déjeunent à une table différente, font leurs propres courses qu’ils mettent sous clé et se lancent des petits papiers pour communiquer. Un soir, Julien ramène un chat abandonné à son domicile. Il reporte sur lui toute son affection. Clémence est folle de jalousie. Dans un moment de désespoir, elle tue l’animal à coups de revolver… L’angoisse est à son comble, l’agonie est proche. Ces deux êtres qui se déchirent ne savent même plus qu’ils s’aiment encore. L’habitude qui tue a rangé au rayon des souvenirs le bonheur qu’ils ont* partagé pendant des années. L’incommunicabilité est révélatrice d’un drame latent. Formidable adaptation d’un roman de Georges Simenon, « Le chat » est un film vraiment bouleversant, un film qui vous pousse à ouvrir les yeux sur ceux qui font votre quotidien. Ceux que votre amour néglige alors qu’ils sont les plus importants. Le duo Jean Gabin-Simone Signoret est étouffant de vérité.
A revoir…

Alexandre Le Bienheureux

Alexandre Le Bienheureux  Alexandre Gartempe ne pense qu’à une chose : se reposer. Célibataire, il pouvait profiter de son hobby à loisir sans être dérangé par personne. Mais voilà, il a choisi de se marier. Cruelle erreur… Comble de malchance, il tombe sur une maîtresse femme qui lui impose un emploi du temps exténuant. Alexandre par-ci, Alexandre par-là, de l’aube au crépuscule, il est surveillé par son épouse. Alexandre est désespéré quand survient l’accident qui le rend veuf, mais le libère enfin de ses tracasseries quotidiennes. Désormais, sa décision est prise, il a décidé de ne plus rien faire. Il dresse même un chien pour aller faire ses courses… Qui aurait crié au scandale si on avait baptisé ce film, « Les doigts de pied en éventail » ? Cette comédie irrésistible est une véritable apologie de la maladie la plus appréciée au monde : la flémingite aiguë. Philippe Noiret campe le personnage d’Alexandre avec une aisance déconcertante. Personne n’a envie de le déloger du royaume tant convoité que proposent sans cesse les Epéda et autres multispires de la télé. Personne, sauf les jaloux. Et ils sont nombreux ! Deux débutants, Pierre Richard et Marlène Jobert, font également partie du film. Ils ont fait leurs preuves depuis…

Le trou normand

Circonstances atténuantesVieux routier du vaudeville français, réalisateur de l’immortel « Circonstances atténuantes », avec Michel Simon et Gaby Morlay, Jean Boyer tourne une comédie paysanne avec le grand fantaisiste du moment, Bourvil. Celui-ci incarne, comme à l’habitude, un brave idiot de village. Hippolyte hérite d’un café à condition d’obtenir un diplôme en un an, faute de quoi l’établissement reviendra à sa belle-sœur et à sa fille Javotte. Une timide institutrice, Madeleine, aidera le brave garçon à triompher, malgré la sotte et vaniteuse Javotte. Nadine Basile (Madeleine), décrochera cette année-là le Prix Suzanne Bianchetti qui récompense la jeune comédienne la plus prometteuse. Quant à Javotte, c’est une inconnue* qui balbutie son premier rôle à l’écran, Brigitte Bardot. Pour elle, le tournage fut une expérience « effrayante » (sic). Une énorme déception, le cinéma ! N’empêche qu’elle continua, soutenue et encouragée par son fiancé Vadim, qui l’épousa en grande pompe un mois après la sortie du « Trou normand ». Vous l’avez compris : voici un film-document, à voir pour découvrir enfin Nadine Basile !

Les dix commandements

Les dix commandementsFaut-il encore présenter « Les dix commandements ? » Non, bien sûr. Le nombre des figurants, le poids des décors, la durée du tournage, tout fut gigantesque, colossal, délirant. D’une roublardise et d’une naïveté aussi démesurée que typiquement américaine. Cecil B. de Mille, ultraconservateur et xénophobe militant, a élevé ce monument de carton-pâte à la gloire d’Hollywood comme un facteur Cheval richissime. Résultat ? On ne peut plus imaginer Ramsès II autrement qu’avec le crâne lisse de Yul Brynner, Moïse avec l’interminable barbe blanche de Charlton Heston, sans parler du passage de la mer Rouge et de ses transparences d’enfer, du mont Sinaï où le doigt de Dieu grave les tables de la loi avec un tac-tac-tac de mitraillette, de l’orgie autour du Veau d’or avec un Edward G. Robinson ricanant à plaisir. C’est kitsch à mort, ça tient du western quand le pharaon poursuit les Hébreux sur son char, du film fantastique quand Moïse, en magicien, change les eaux du Nil en sang, et miracle… ça marche ! A ranger au rayon des indispensables de votre vidéothèque.

Knebworth, Hertfordshire, Grande-Bretagne

Samedi 30 juin 1990. Il pleut. 120.000 spectateurs, et presque autant de parapluies multicolores, sont agglutinés devant la scène. Curt Smith, la voix tremblotante, entonne «Change». Les Tears for Fears ouvrent le bal. Choristes et musiciens ont maille à partir avec leurs imperméables. Lorsque Roland Orzabal entame «Everybody wants to rule the world», le soleil revient.

Ouf ! Depuis dix minutes vient de débuter l’un des plus impressionnants concerts de l’histoire du rock. Au même titre qu’un «Woodstock» ou un «Band aid», «Knebworth» restera un événement mémorable. En France, la télé a occulté cette manifestation! Logique. Seules quelques radios comme Europe 2 ou RFM lui ont consacré une large place. Jusqu’alors, « Knebworth » était disponible en disque. Aujourd’hui, l’événement existe également en vidéo. Ces trois cassettes, distribuées par Média 7, regroupent, en plus de trois heures de musique live, la quasi-intégralité du concert. Cliff Richard et les Shadovvs, Phil Collins et Genesis, Paul McCartney reprenant «Hey Jude» et «Can’t by me love», Status Quo, Eric Clapton, Dire Straits, Elton John (respirez!), Robert Plant et les Pink Floyd! Ni plus ni moins… Plus complet que le disque, « Knebworth », en vidéo, nous permet sur– tout de découvrir un «Money for nothing» interprété de concert par Knopfler et Clapton (superbe), un Phil Collins survolté mimant les Blues Brothers et nous offrant un medley démoniaque avec ses camarades de Genesis, un David Gilmour et ses Floyd à la nuit tombée reprenant deux succès du groupe sous un feu d’artifice étincelant. Tout le gratin du rock est réuni en hifi stéréo. La pluie reprend sur «Sussudio», la tempête arrive sur ii Mama». Orage, éclaircies, rien ne parvient à assombrir cette fantastique journée de juin. L’ensemble est magnifiquement filmé et comble du bonheur pour les fans, la vidéo nous restitue plus qu’un simple concert, une ambiance de fête exceptionnelle. Un cadeau de Noël idéal pour tous ceux qui n’ont pu partager cette manifestation sur place.
Pierre qui roule n’amasse pas mousse, dît le proverbe. Faux, en ce qui concerne Sharon Stone,covedette avec Schwarzie du turbulent «Total recall », qu’on a vue notamment dans « Les uns et les autres» (Fil à Film}, « Police academy. 4» (Warner) et «Allan Quatermain et les mines du roi Salomon » (UGC) Portrait ciselé d’une affolante bombe sexuelle qui sait jouer de ses formes comme personne.

Sharon Stone

Elle est belle, elle est blonde, elle bénéficie d’un QI nettement au-dessus de la moyenne, voilà pour les lieux communs. Abordons maintenant le sujet par le détail, il en vaut la peine. Sharon Stone, qui joue l’épouse insoumise de Schwarzenegger dans «Total recall», est née voici vingt-deux printemps à Meadville, une souriante localité pennsylvanienne, à l’est des USA. Elle assume dans une quiétude replète une enfance insouciante, remplie de goûters frivoles et de parties campagnardes avec ses amies et ses parents quincaillers. A l’âge de dix-sept ans, elle remporte son premier prix de beauté. Mais n’allez surtout pas croire que la jeunette fait dans l’évanescence, façon «sois belle et tais-toi». Que non pas! Elle s’inscrit à un cours d’art dramatique, titillée par l’impérieux besoin de jouer la comédie un jour. Parallèlement, elle suit des études universitaires dans la section Arts et lettres. Elle obtient d’ailleurs un prix en littérature. Deux ans plus tard, elle rencontre, à New York, Eileen Ford, la directrice d’une fameuse agence de mannequins. Et là, tout va très vite pour Sharon l’entêtée. Engagée sur le champ, elle enchaîne publicités et photos de mode. Ecoutons-la, elle se souvient. «J’ai vécu avec l’un des responsables de l’agence. Il était très strict. Je n’avais droit qu’à l’eau et aux repas diététiques. Il essayait à tout prix de me faire maigrir. A l’époque, j’étais la plus grosse fille mince que je connaissais…» Son statut envié de mannequin vedette lui permet de voyager dans le monde entier, de Paris à Tokyo en passante par Rome et Milan, sans pour autant lui faire oublier son but initial, devenir comédienne. «Un jour, je participe à un casting et le responsable me fait entrer dans son bureau. Il se met devant moi, me dit qu’il fera de moi une grande star et aussitôt enlève son pantalon. Je n’ai jamais ri aussi fort de ma vie, mais je ne pense pas que ce soit la réaction qu’il attendait. Bien sûr, le syndrome du canapé existe, mais il ne faut rien exagérer. Et puis, je ne connais personne qui vous engagera sur un film qui coûte cher sous prétexte que vous vous débrouillez bien au lit.» Elle se perfectionne à Los Angeles dans le cours d’art dramatique «J’ai interprété un fantasme de Woody Allen.» de Roy London. Il a une approche intellectuelle du métier de comédien que j’apprécie.

Woody Allen

Ce n’est pas lui qui vous demandera de vous allonger par terre et de vous prendre pour un morceau de bacon en train de frire! En 1980, Woody Allen l’engage pour un rôle muet dans son film «Stardust memories». «J’étais dans une cafétéria avec une centaine de figurants, l’assistant est venu vers moi et m’a dit : « Woody Allen voudrait savoir si vous seriez d’accord pour jouer dans son film ». Il m’a amenée dans la salle des costumes et m’a demandé de mettre un vêtement qui ressemblait plus à une cartouche de fusil ou à un obus qu’à une robe. Je leur ai dit que je ne voulais pas être un obus. Ils n’ont rien voulu savoir puisque j’étais censée interpréter un fantasme de Woody Allen.» Pour elle, c’est le coup de gong d’une fructueuse carrière audiovisuelle.

série Magnum

On peut admirer ses formes et son talent dans plusieurs séries télévisées comme «Magnum», «Mike Ham mer» ou «Remington Steele». Elle y affûte ses armes et fourbit ses atouts en attendant le Grand Rôle. Le futur réalisateur de «Freddy», Wes Craven, lui offre sa première vraie prestation de comédienne, en 1981, dans «La ferme de la terreur», un curieux film d’épouvante qui sacrifie à l’ex-mode des teenagers persécutés par un maniaque. La jolie Stone est ensuite sollicitée par Lelouch qui l’intègre au casting foisonnant des «Uns et des autres». Ensuite, elle tourne «Police academy 4» qu’on peut charitablement oublier et, en 1985, elle tient le premier rôle féminin, aux côtés de Richard Chamberlain, dans «Allan Quatermain et les mines du roi Salomon» et sa suite, «Allan Quatermain et la cité de l’or perdu». Elle ne manifeste pas de tendresse excessive pour ces deux derniers films. «Même si les enfants les adorent, ces deux films sont particulièrement stupides. Cela dit, c’est la première fois que l’on me reconnaissait. Dans les restaurants, les enfants venaient me dire bonjour tandis que leurs pères s’approchaient de moi et me lançaient :
« Ex-causez-moi de vous déranger, mais mon fils voulait vous rencontrer ». » Ah! L’incroyable perversité parentale! Et puis vient le miracle, la consécration avec «Total recall», le thriller futuriste ultra-violent réalisé à toute vapeur par Paul « Robocop» Verhoeven. «J’ai fait de la musculation et je me suis sérieusement entraînée aux arts martiaux, à la fois parce que mon rôle l’exigeait et aussi parce qu’il était important qu’Arnold (Schwarzenegger) ait pour moi un certain respect professionnel…» Nul doute qu’elle a su s’imposer, sur un tournage pas toujours simple, face à un Schwàrzie médusé par son surprenant savoir-faire. «Depuis que je fais des films, c’est la première fois qu’on me traite ainsi!», aurait-il confié à Sharon Stone à l’issue d’une bagarre entre eux deux passablement mouvementée. Pour la promotion du film, elle accepte de poser dans Playboy. «Je n’ai pas un corps parfait et ça me gênait un peu de faire des photos.» On souhaite à nos petites amies d’avoir des formes aussi bien bousculées que les siennes. Aujourd’hui, la belle continue de travailler sa diction et coule des jours heureux en compagnie de Michael Gruber, son producteur de mari. Désormais, il faudra compter sur cette comédienne étonnante, à la personnalité étrange et énergique, rayonnante et magique. Affaire à suivre.., de très près !

Sanglé dans son cuir noir de motard, ses bottes en autruche de chez Sam Lucchesse — le maître bottier texan — posées sur son bureau, Erwin Schott savoure pour la millionième fois «The wild une z>. A quatre-vingt-douze ans, Erwin, le président de Schott and Bros, l’inventeur de l’incontournable Perfecto, est le patriarche de Perth Amboy, New Jersey. Ici, les usines du « papi rebelle» font vivre plusieurs milliers de travailleurs. «There is no business like Perfecto business !»

1930 — New Jersey. Erwin Schott invente un blouson de cuir noir aussi résistant qu’une forteresse volante…

1947 — Hollister (Californie). Le 4 juillet, un  » gang de motards envahit la ville et y sème la terreur. Life leur consacre sa couverture.

1953 — Los Angeles. La première du film ii The wild one» (L’équipée sauvage) fait scandale dans la citée des anges. Marion Brando et Lee Marvin, carapaçonnés dans leur Perfecto, chevauchent d’énormes Harley-Davidson pétaradantes. Les deux futurs monstres sacrés ne se doutent pas encore qu’ils vont devenir les héros de la génération perdue. C’est toujours en 1953 que les usines Schott ne peuvent pas produire assez de Perfecto. La marque est sur orbite, son blouson est désormais synonyme de liberté, d’aventures, d’indépendance et de fureur de vivre. Voilà pourquoi L’équipée sauvage est le film culte d’Erwin Schott. Il a suffi d’un Perfecto noir sigle du nom de Johnny pour qu’un blouson devienne un vêtement fétiche faisant de par le monde des millions de «fashion victimes». Mais Erwin n’oublie pas non plus l’Australien Mel Gibson. C’est encore dans un Perfecto laminé que mué Max, le guerrier de l’Apocalypse, massacre les forbans du grand désert rouge. Le méchant Max récidivera dans deux autres films faisant entrer encore plus de royalties dans les caisses de Schott.

Au fur et à mesure que les images défilent, Erwin a également une pensée émue pour Arnold Schwarzenegger. L’indestructible mutant de «Terminator» était lui aussi « armé» d’un Perf plus redoutable qu’un char Patton. Mais avec ii The wild une z. le film que papi Erwin préfère reste «Streets of fire». « Des rues de feu » où Michael Paré et Willem Dafoe jouent aux anges de l’enfer bardés de cuir noir clouté. Une comédie musicale 100% pur rock’ n’ roll en hommage aux fifties et à la seconde peau, le Perfecto !
Noyé dans les films de sa « vie», Erwin a failli oublier le légendaire «Black leather jacket» de Correy Hart, le rival de James Dean dans « La fureur de vivre ». C’est à cause de ce blouson démoniaque que le voyou finira sa vie au bas d’une falaise, écrasé dans sa Buick Roadmaster. L’histoire ne dit pas si le blouson a survécu à la chute.
Enfin, Erwin rêve de son film aux mille Oscars, « son » chef-d’œuvre : « L’homme à la peau de serpent ».
Marlon Brando
Ici, Marlon Brando, plus détruit que jamais, évolue dans un univers de pluie et de boue vêtu d’un blouson en python qui finira, comme lui, dans les flammes. Comme un cuir de héros.

Dieu a choisi Paris, un film-choc sur le début du siècle

Si «Dieu a choisi Paris», il n’a pas oublié pour autant d’inspirer et d’illuminer le travail du réalisateur Gilbert Prouteau. L’histoire qu’il nous raconte est magique et émouvante. C’est celle d’un photographe-cameraman (Jean-Paul Belmondo) du début de ce siècle qui nous présente son album personnel et imaginaire. De 1895 à 1945, ce photographe a rencontré toutes les figures de légende installées à Paris (de Picasso à Pirandello) et vécu tous les grands événements (de la guerre 14-18 au krach de 1929) qui ont secoué le début de ce siècle.

Dieu a choisi Paris

Il ne s’agit pas d’une reconstitution, mais de la juxtaposition ingénieuse d’images d’archives extraordinaires et de séquences tournées spécialement pour le film. Grâce à un colossal travail de recherche, des images tout bonnement stupéfiantes nous sont proposées. Avez-vous déjà vu le visage de Trotsky, Ravel et Apollinaire? Non, et pourtant ces grands hommes ont été immortalisés par une invention qui leur est contemporaine, le cinéma. «Dieu a choisi Paris» contient quelques scènes d’anthologie d’un rare intérêt historique. Ainsi, nous surprenons Emile Zola à la sortie du tribunal où vient d’être jugée l’affaire Dreyfuss. L’histoire et la fiction étroitement mêlées s’enrichissent mutuellement. Nous retrouvons, par exemple, Auguste Renoir dans son atelier et, par la magie du cinéma et un habile «champ-contre-champ», nous assistons à un face à face entre le grand peintre et une actrice qui aurait pu être son modèle. Au fil des images, de Satie à Picabia, de Marie Curie à la Goulue, c’est toute la flamboyance culturelle de Paris du début du XXe siècle qui nous est offert. Lors de la première de «Dieu a choisi Paris», un critique n’hésita pas à déclarer qu’il s’agissait «sans doute, humaine ment, du film le plus important du cinéma français».

«Œuvre monumentale», «chef-d’œuvre», «film impossible à oublier » furent les propos des privilégiés qui purent voir ce film. Car ce fabuleux «album» a eu une carrière singulière. Sa sortie en salles fut plusieurs fois retardée et, peu à peu, le film tomba dans l’oubli. Ce trésor serait resté dans un anonymat aussi injuste que stupide si Antarès-Travelling n’avait eu la bonne idée de le sortir aujourd’hui en vidéo. C’est l’occasion de constater que «Dieu a choisi Paris» est comme le bon vin : il se bonifie avec le temps. Vingt ans après sa conception, on trouve aujourd’hui d’autres qualités à ce film. Il faut en effet saluer Gilbert Prouteau pour ses talents de visionnaire. Il ne s’est pas trompé en choisissant un jeune acteur alors à l’aube de sa carrière, Jean-Paul Belmondo. Le temps a prouvé la justesse de ce choix et ajoute même du piquant au film. Comme lorsque sur les images quelque peu abîmées de la première mondiale de «Cyrano de Bergerac», on entend Belmondo déclamer quelques vers de la fameuse «tirade du nez». Un rôle qu’il reprendra au théâtre quelques années plus tard… Mais n’en concluez pas pour autant que l’histoire est un perpétuel recommencement. Gilbert Prouteau a su, à travers ce témoignage cinématographique, faire revivre des personnages et des moments uniques. Uniques, à l’image de ce film dont l’originalité n’a d’égale que la richesse.
Si « Dieu a choisi Paris», Gilbert Prouteau en est le prophète inspiré…