A voix haute

Ce que je pense et à voix haute !

rainbow

Dieu a choisi Paris, un film-choc sur le début du siècle

Si «Dieu a choisi Paris», il n’a pas oublié pour autant d’inspirer et d’illuminer le travail du réalisateur Gilbert Prouteau. L’histoire qu’il nous raconte est magique et émouvante. C’est celle d’un photographe-cameraman (Jean-Paul Belmondo) du début de ce siècle qui nous présente son album personnel et imaginaire. De 1895 à 1945, ce photographe a rencontré toutes les figures de légende installées à Paris (de Picasso à Pirandello) et vécu tous les grands événements (de la guerre 14-18 au krach de 1929) qui ont secoué le début de ce siècle.

Dieu a choisi Paris

Il ne s’agit pas d’une reconstitution, mais de la juxtaposition ingénieuse d’images d’archives extraordinaires et de séquences tournées spécialement pour le film. Grâce à un colossal travail de recherche, des images tout bonnement stupéfiantes nous sont proposées. Avez-vous déjà vu le visage de Trotsky, Ravel et Apollinaire? Non, et pourtant ces grands hommes ont été immortalisés par une invention qui leur est contemporaine, le cinéma. «Dieu a choisi Paris» contient quelques scènes d’anthologie d’un rare intérêt historique. Ainsi, nous surprenons Emile Zola à la sortie du tribunal où vient d’être jugée l’affaire Dreyfuss. L’histoire et la fiction étroitement mêlées s’enrichissent mutuellement. Nous retrouvons, par exemple, Auguste Renoir dans son atelier et, par la magie du cinéma et un habile «champ-contre-champ», nous assistons à un face à face entre le grand peintre et une actrice qui aurait pu être son modèle. Au fil des images, de Satie à Picabia, de Marie Curie à la Goulue, c’est toute la flamboyance culturelle de Paris du début du XXe siècle qui nous est offert. Lors de la première de «Dieu a choisi Paris», un critique n’hésita pas à déclarer qu’il s’agissait «sans doute, humaine ment, du film le plus important du cinéma français».

«Œuvre monumentale», «chef-d’œuvre», «film impossible à oublier » furent les propos des privilégiés qui purent voir ce film. Car ce fabuleux «album» a eu une carrière singulière. Sa sortie en salles fut plusieurs fois retardée et, peu à peu, le film tomba dans l’oubli. Ce trésor serait resté dans un anonymat aussi injuste que stupide si Antarès-Travelling n’avait eu la bonne idée de le sortir aujourd’hui en vidéo. C’est l’occasion de constater que «Dieu a choisi Paris» est comme le bon vin : il se bonifie avec le temps. Vingt ans après sa conception, on trouve aujourd’hui d’autres qualités à ce film. Il faut en effet saluer Gilbert Prouteau pour ses talents de visionnaire. Il ne s’est pas trompé en choisissant un jeune acteur alors à l’aube de sa carrière, Jean-Paul Belmondo. Le temps a prouvé la justesse de ce choix et ajoute même du piquant au film. Comme lorsque sur les images quelque peu abîmées de la première mondiale de «Cyrano de Bergerac», on entend Belmondo déclamer quelques vers de la fameuse «tirade du nez». Un rôle qu’il reprendra au théâtre quelques années plus tard… Mais n’en concluez pas pour autant que l’histoire est un perpétuel recommencement. Gilbert Prouteau a su, à travers ce témoignage cinématographique, faire revivre des personnages et des moments uniques. Uniques, à l’image de ce film dont l’originalité n’a d’égale que la richesse.
Si « Dieu a choisi Paris», Gilbert Prouteau en est le prophète inspiré…

Leave a Reply