A voix haute

Ce que je pense et à voix haute !

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Sauvage et beau

Il y avait, jadis, la malédiction des pharaons… il y aujourd’hui, la bénédiction des «Outsiders». Tous les jeunes mecs que Coppola découvrit dans son film ont fait un joli brin de carrière et continuent à s’imposer superbement dans le créneau «graine de star et nouveau macho». Coppola a fait de Matt Dillon la vedette de «Outsiders» et de «Rusty James»… Mais il a pris letrain en marche ! Bien avant la sortie américaine, pendant l’été 82, Matt Dillon était déjà le «darling des teen magazines». Coppola, en lui offrant le personnage de Dallas dans «Outsiders», le consacra comme graine de star à part entière. Mais Matt Dillon existait avant ! Qui a assisté à une séance publique américaine de «Outsiders» n’a pas oublié les sifflets et les cris d’hystérie qui fusaient de la salle lorsque le beau Matt venait rouler des mécaniques et des zygomatiques en gros plan. C’est vrai que ce jeune loup de 18 ans avait déjà un sacré charisme et séduisait tout en gardant un certain mystère. Plein de santé, cheveux bruns mi-longs, visage anguleux, sourire généreux avec une dent légèrementcassée, regard noir de séducteur romantique, oreilles élancées vers l’arrière, allure altière et svelte, carrure d’épaulesdéveloppée juste ce qu’il faut… Matt Dillon est le type même du beau gosse. Et c’est une des raisons, avec sa jeunesse, de son succèsimmédiat. Dillon – dixit de sérieux magazines américains – plait à tous les publics : les gays et les dames ménopauséesamateurs de gigolos bien sur… mais aussi les parents, pour qui ilreprésente un modèle de gendre convenable, sémillant et sympathique, et le public d’adolescents pour qui il est le copain – ou le boy friend – qu’on aimerait avoir. En 1978, «Houligans» («Over the edge»), son premier film qu’il tourna à 14 ans, traitait de la violence et de la révolte des adolescents dans une grande cité. A la fois thriller et document sociologique, le film de Jonathan Kaplan imposa le côté mauvais garçon de Matt Dillon. Mais son second film, «Les petites chéries» («Littledarlings») de Robert F. Maxwell, avec un rôle de jeune macho que Kristie McNichols drague et dont elle tombe amoureuse, impose, dès l’annéesuivante, l’autre aspect de son personnage : le jeune séducteur sexy. La route Dillon est donc tout tracée, en deux films seulement : loubard de charme et jeune coq sans complexe. Matt Dillon incarne un nouveau style de garçon dans le vent – dixit les magazines pour adolescents. Mais ils passent leur temps à qualifier leur gamin-objet de nouveau Brando, nouveau James Dean et mêmenouveau Paul Newman ! Et Dillon n’aime pas ces parrainages:«Marlon Brando ? Quand je tournais «Houligans», quelqu’un m’a dit que je ressemblais à Brando. Je n’ai pas pris ça pour un compliment. Pour moi, ce n’était que le vieil homme gros que j’avais vu dans «Le parrain». Après, je suis allé voir «Un tramway nommédésir» et j’ai trouve ça pas mal». Le Matt Dillon de 18 ans est pain béni pour toute une presse qui le fait mousser comme une Chantilly et le sacre «le meilleur copain de millions de jeunes Américains», lui faisant tenir des propos du genre : «Moi sexy ? Je ressemble à tous les garçons de mon âge. Je suis bien dans ma peau, c’est tout. Et Ia seule différence que je remarque avec le passé, c’est que je ne fais plus de complexes pour les bêtises. A 15 ans, il m’est arrivé de m’enfermer plusieurs jours pour une poussée d’acné… On dit que je suis un bourreau des cœurs. Toute cetteréputation me fait peur. C’est vrai que je suis «prolifique» en amour et que je rencontre souvent des jolies femmes. Mais je ne suis pas macho. Je ne joue pas avec les sentiments de mes partenaires !» Entre magazines et posters, Matt Dillon est devenu, aux mains de «merchandisers», un nouveau…miroir àfantasmes ! Et, dans cette périodepré-Coppola, le cinéma n’a qu’une importance relative… Tout a commencé par hasard. Le jeune Matt Dillon (c’est son vrai nom, même s’il le partage avec un célèbre cow-boy de série TV américaine) vivait aWestchester, dans l’Etat de New York, avec ses parents, ses cinq frères et sa sœur, un couple de ratons laveurs, six chats et un berger allemand nommé Hitler. Matt est plutôt du genre cancre sympa. «J’étais en train de sécher un cours et de me faufiler dans le couloir, quand un type m’a arrêté pour me demander si je voulais faire du cinéma. J’ai d’abord pensé qu’il se foutait de moi. J’allais me tirer, mais il m’a expliqué qu’il s’appelait Victor Ramos, qu’il étaitdécouvreur de talents et qu’il cherchait des «sales gosses» pour un film de Jonathan Kaplan intitule «Houligans». Un vrai conte de fées à la «A star isborn» ! Matt Dillon enchaine film sur film.«Les petites chéries» en 1979. «Veux-tu être mon garde du corps ?» de Tony Bill en 1980 (titre original «My body gard», film sorti en France uniquement et discrètement en province) où il est encore une petite frappe. «Le challenger» de David Fisher en 1981 («Liar’smoon») qui est une sorte de melo où Matt Dillon a un rôle àla James Dean, de jeune prolo s’enfuyant avec celle qu’il aime, contre la volonté de leurs parents. Et enfin «Tex» de Tim Hunter en 1982, une production Disney que nous n’avons jamais vue en France ! ««Tex» est tout sauf un film dans la tradition Disney, avoue Malt Dillon. Le film raconte les problèmes d’un garçon de 14 ans en Oklahoma. J’en avais 18, mais je me sentais à l’aise pour jouer le rôle d’un adolescent de 14 ans. En apparence, Tex est calme et doux, mais il a des problèmes, comme beaucoup d’adolescents d’aujourd’hui. Il parle à son cheval. Mais il y a un meurtre, une bagarre violente à cause de la drogue et un acte sexuel évident… » On comprend mieux pourquoi, ce film, qui a imposé définitivement Matt Dillon comme nouvelle star de cinéma, est resté dans les ;tiroirs Disney alors que tous les autres films de Matt Dillon sont distribués et même redistribués sous des titres totalement différents («Over the edge», d’abord «Violence sur la ville» puis «Houligans»… ou encore «Liar’smoon» sorti d’abord en cassette sous le titre «Il y a toujours de l’espoir pour ceux qui s’aiment» chez Jacques Leitienne/Carrère, puis sorti en salles, après le succès d’«Outsiders», sous le titre «Le challenger», puis enfin réapparu en vidéo chez René Chateau avec le même titre «Le challenger»). En 1980, Matt Dillon retourne à l’école… à l’école de comédiens, au fameux Actor’sStudio de Lee Strasberg. Il y reste un an et demi. C’est le début du syndrome «Like man. C’mon, I dareyaYe man !» (please… ne demandez pas la VF,c’est intraduisible !). Matt Dillon se crée un personnage très au point de petite frappe virile et fragile, cool et suave, sensible et vulgaire.

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