A voix haute

Ce que je pense et à voix haute !

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Brooke Shields

Incroyable mais (presque) vrai : Brooke Shields est une sainte. Du moins, c’est ce qu’elle s’évertue à prouver aux méchants journalistes qui osent montrer le bout de leur mauvaise langue. Que voulez-vous, depuis les dix-neuf ans que cette demoiselle de vingt printemps exerce son métier, il se trouve toujours quelqu’un pour lui demander si ça ne la gêne pas trop d’exhiber, à son âge, ses jolies formes à tout vent. Et la réponse arrive, enrobée dans un sourire qui fleure bon le marshmellow américain. «Well, me déshabiller dans les films fait partie de mon job. Lorsque je tourne, ce n’est plus moi qui suis concernée, je deviens tout à coup quelqu’un d’autre. Cette dualité tient peut-être de mon signe, celui des gémeaux. A ce moment, je peux m’effacer complètement pour laisser libre cours au personnage que j’incarne et aux sentiments qu’on me demande d’éprouver». Mlle Brooke serait-elle en train de nous faire le coup du «DocteurJekyll et Miss Hyde», du genre douce et pudique le jour, perverse et coquine le soir, quand les caméras se mettent en marche ? On pourrait le croire. Toujours est-il que Mme Shields mère (Teri pour les rares intimes) s’égosille à défendre haut et clair les vertus de sa belle pouliche. «Ma gentille Brooke demeure une vraie demoiselle à notre époque de perdition, clame-t-elle un peu partout. Ma fille ne connaît rien des plaisirs de l’amour, rien des horreurs de l’alcool, rien des cigarettes, rien de la promiscuité». Ah, la mère de Brooke Shields ! A la fois manager-conseillère-nounou de sa belle rejetonne, elle semble avoir été inventée pour les besoins de la légende hollywoodienne. Voilà pourquoi il serait impensable d’évoquer la jeune carrière de Brooke sans mentionner l’énorme influence exercée sur elle par Madame mère. C’est cette dernière qui loue ainsi le minois de sa fille, âgée de onze mois, à diverses agences de publicité d’outre-Atlantique. Nous sommes alors en 1966 et Mme Shields, divorcée de Franck Shields après huit mois de mariage, décide de proposer les services de littleBrookie à quelques photographes dont les clichés ornent des boîtes de lessive et autres savonnettes.Brooke Shields Brooke se transforme rapidement en un des bébés poseurs les plus recherchés de Los Angeles. A dix ans, elle devient une professionnelle de l’innocence ou de la provocation mimées sur commande et généreusement rétribuées. De la photo publicitaire au cinéma, il n’y a qu’un pas que Brooke franchit allègrement. Sa première incursion cinématographique a lieu en 1977 dans «Annie Hall» de Woody Allen, mais le rôle est coupé au montage. Ce n’est que dans «Communion sanglante», un sombre film d’horreur que l’adolescente effectue ses vrais débuts au grand écran. L’année suivante, Louis Malle lui confie le rôle féminin principal de «La petite», celui d’une jeune prostituée de Louisiane amoureuse d’un photographe lors de la Première Guerre mondiale. Brooke y laisse deviner le bout de ses petits seins, ce qui scandalise fortement l’Amérique profonde. «Travaillée» par sa redoutable maman chérie, Brooke affirme alors ne pas comprendre ce qui choque tant ses concitoyens. A relire ses déclarations de l’époque, on a l’impression que «La petite» ne serait qu’un doucereux conte de fées où une Blanche Neige blédineuse prendrait son goûter au Bordel du coin. Le remue-ménage provoqué par ce film finit par porter ses fruits puisque la candeur juvénile de Brooke se retrouve à la une de plusieurs publications américaines et européennes. Du coup, les propositions de films commencent également à affluer. Oh, bien sûr, il ne s’agit pas là de chefs-d’œuvre du 7e art, mais d’inoffensives œuvrettes qui ne feraient pas de mal à une mouche. Citons notamment «Tilt» de Rudy Durand, «Just you and me kid» de Leonard Stern ou encore «Wanda Nevada» réalisé par Peter Fonda, tous trois tournés entre 1978 et 1979. Pendant ce temps, maman Teri se frotte les mains. L’argent affluant régulièrement dans la caisse d’épargne familiale, elle décide de fonder la Brooke Shields and Co, une société censée gérer au mieux les intérêts de sa fille. Inutile de vous préciser que Teri se nomme aussitôt présidente à vie de ladite société dont le slogan pourrait être «Au nom du marketing et des coups d’éclat, ainsi soit-il». En 1980, la jeune adolescente accepte de tourner un spot publicitaire vantant les mérites des jeans du styliste Calvin Klein. Elle prend sa plus belle voix (et un cachet de 400 000 dollars) pour susurrer : «Savez-vous ce qu’il y a entre mon jean et moi ?… Rien !». L’Amérique est encore une fois choquée de voir sa minette préférée jouer, à quinze ans, les Lolita allumeuses. Quelques mois plus tard, le scandale est de nouveau fidèle au rendez-vous mais, cette fois, les Shields (mère et fille) ne trouvent pas cela très «payant». En effet, c’est le moment que choisit un photographe, Gary Gross, pour publier un album intitulé «Sugar and spices» (Sucre et épices) comportant plusieurs nus de little Brookie. Pris en 1975, alors qu’elle était âgée de dix ans, ces clichés la représentent nue dans sa baignoire et le corps enduit d’huile. Lorsqu’éclate l’affaire, en 1981, Teri Shields en profite aussitôt pour réclamer le versement de royalties sur lesdits clichés qu’elle avait autorisés à l’époque et qui lui avaient été payés. Le photographe lui oppose un refus formel. Drapée dans sa dignité de duègne outragée, Teri intente alors un procès (qu’elle perd) à Gary Gross. L’arrêté du juge est on ne peut plus clair : «C’est vous, madame, qui avez fait photographier votre fille nue, quand elle avait dix ans. Vous avez reçu 450 dollars. Maintenant que votre enfant est célèbre, vous réclamez un million de dollars pour ces photos. Il me semble qu’il est un peu tard pour pleurnicher». Et toc ! Brooke se (re)tourne alors vers le cinéma, le seul moyen de redorer son blason terni. Elle tourne «Le lagon bleu» avec un adolescent inconnu nommé Christopher Atkins. Les deux jouvenceaux sont, pour les besoins de l’intrigue, parachutés sur une île déserte du Pacifique. Ils découvrent, au fil des années, les charmes de leurs anatomies respectives avant d’enfanter un bébé. A la sortie du film, les ligues bien-pensantes ne trouvent pas matière à redire puisque la nudité de Brooke est pudiquement camouflée par sa longue chevelure et un flou des plus prudents. «Le lagon bleu» étant surtout destiné à être «consommé» par un jeune public, on comprend parfaitement pourquoi Brooke et sa mère préfèrent ne pas trop faire de vagues. Ce créneau leur réussit si bien qu’elles récidivent l’année suivante avec «Un amour infini». Mais, cette fois, la barre est placée un peu plus haut et le réalisateur Franco Zeffirelli sert de caution artistique. Pour respactibiliser davantage encore l’entreprise, on choisit de porter à l’écran un roman plutôt bien accueilli par la critique américaine. Les amours adolescentes sont une fois de plus mises à contribution puisqu’il est question ici d’une brulante passion qui unit une lycéenne de quinze ans à un autre teen-ager au look crypto-boutonneux de rigueur. Mais les parents voient pareille liaison d’un mauvais œil et s’ingénient à contrecarrer cette romance bourgeonnante. Bref un film pétri d’innocence émaillé par quelques scènes d’amour très appliquées entre Brooke et son partenaire. De temps à autre, et histoire de nous prouver que nous assistons effectivement à un film dramatique, Mlle Shields fronce consciencieusement les sourcils tout en écarquillant les yeux. Cette gymnastique faciale n’empêche pas le public de bouder cet «amour infini malgré une campagne publicitaire habilement menée. Mais le film permet quand même à la jeunette d’empocher Ia bagatelle de 500 000 dollars qui tombent droit dans I’ escarcelle de la société Brooke Shields and Co. Millionnaire en dollars, Brooke prétend pourtant ne jamais penser à l’argent. «L’argent ne m’intéresse pas et je n’y comprends d’ailleurs rien, affirme-t-elle. Un jour,maman m’a montré un chèque : il y avait tellement de zéros que je ne parvenais pas à lire le montant de la somme. C’est elle qui s’occupe de tout. Moi, je travaille parce que j’aime ça». Autre son de cloche chez Mme Shields mère qui déclare: «Brooke adore toucher l’argent qu’elle gagne avec ses doigts». II n’empêche que ladite Brooke à beau être préoccupée de (bien) gagner son avenir, elle n’en désire pas moins le «cultiver». C’est probablement la raison qui la pousse à s’inscrire dans la prestigieuse université de Princeton où elle poursuit des études de littérature et de psychologie depuis la fin 83. Cela, tout en continuant à tourner entre deux cours, comme c’est le cas en 1984 avec «Sahara» d’Andrew McLaglen, qui sort aujourd’hui en vidéo chez GCR. Elle y incarne une jeune Américaine des années trente qui participe à une course automobile, à travers le Sahara,déguisée en… homme. Enlevée par des bédouins, elle finit pas céder aux avances d’un jeune cheikh déguisé en Lambert Wilson (à moins que ce ne soit le contraire). Mais le vrai folklore se déroule lors du tournage du film en Israël. Sur le plateau, cette chère Brooke ne se montre qu’accompagnée par sa mère, un professeur de français ainsi qu’un professeur de mathématiques. Ensuite, Darling Teri (coproductrice déléguée de «Sahara») s’arrange pour avantager la prestation de sa fifille par rapport à celles des autres participants du film. D’où un climat de tension persistant entre Teri et l’autre producteur du film, Menahem Golan, qui entend bien avoir le dernier mot. A sa sortie, «Sahara» ne passionne pas vraiment les foules et rejoint «Un amour infini» dans la catégorie des films de Brooke à voir au douzième degré, histoire de rigoler les soirs de blues. Depuis Mlle Shields a réintégré son université de Princeton non sans avoir annonce trois importantes décisions en ce qui la concerne. D’abord, la mise en chantier de «A look at Brooke», un documentaire sur sa précieuse personne qu’elle a elle-même commandité par l’intermédiaire de la Brooke Shields and Co. Elle a ensuite démenti être amoureuse d’Anthony Delon, John Travolta et Albert de Monaco auxquels l’avaient fiancée les gazettes spécialisées. Last but not least, elle s’apprête à publier un livre de conseils aux jeunes adolescentes yankee, livre dont elle assure actuellement la promotion et pour lequel elle s’est engagée, par contrat, à… rester pucelle jusqu’en juin ! Comme le dirait Jean Yanne : «Publicité, virginité, choucroute».

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